mercredi

Méditations de carême avec le Pape François


Chemin de Croix au Colisée de Rome


Prédication du Vendredi Saint: "Il y avait aussi avec eux Judas, le traître"
Célébration de la Passion en la basilique Saint-Pierre
Rome, 18 avril 2014 (Zenit.org)
P. Raniero Cantalamessa O.F.M.Cap.

« Il y avait aussi avec eux Judas, le traître »

Prédication du Vendredi Saint 2014, en la basilique Saint-Pierre

L’histoire divine et humaine de Jésus renferme de nombreux petits récits d’hommes et de femmes entrés dans le rayon de sa lumière ou de son ombre. Le plus tragique est celui de Judas Iscariote. L’un des rares faits attestés, avec la même importance, par les quatre Evangiles et par le reste du Nouveau Testament. La première communauté chrétienne a beaucoup réfléchi à son histoire et nous ferions mal de ne pas faire la même chose. Celle-ci  a tant à nous dire.

Judas a été choisi dès la première heure pour être l’un des Douze. En insérant son nom dans la liste des apôtres l’évangéliste Luc écrit « Juda Iscariote qui devint (egeneto) un traître » (Lc 6, 16). Donc Judas n’était pas né traître et il ne l’était pas au moment où Jésus l’a choisi; il le devint ! Nous sommes devant un des drames les plus sombres de la liberté humaine.

Pourquoi le devint-il ? Il n’y a pas si longtemps, quand la thèse de Jésus « révolutionnaire » était à la mode, on a cherché à donner à son geste des motivations idéales. Certains ont vu dans son surnom « Iscariote » une déformation du mot « sicariote », c’est-à-dire faisant partie du groupe de zélotes extrémistes qui prônaient l’emploi du glaive (sica) contre les Romains; d’autres ont pensé que Judas a été déçu de la façon dont Jésus suivait son idée du « royaume de Dieu » et qu’il voulait lui forcer la main, en le poussant à agir aussi au plan politique contre les païens. C’est le Judas du célèbre « Jésus Christ Superstar » et d’autres spectacles et romans récents. Un Judas pas loin d’un autre célèbre traître de son bienfaiteur : Brutus, qui tua Jules César, en pensant de sauver ainsi la république!

Ces reconstructions sont respectables quand elles revêtent quelque dignité littéraire ou artistique, mais elles n’ont aucun fondement historique. Les évangiles – seules sources dignes de foi que nous ayons sur le personnage – parlent d’un motif plus terre-à-terre : l’argent. Judas avait reçu la garde de la bourse commune du groupe; à l’occasion de l’onction de Béthanie il avait protesté contre le gaspillage du précieux parfum versé par Marie sur les pieds de Jésus, non pas par souci des pauvres, relève Jean, mais parce que « c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait » (Jn 12,6).  Sa proposition aux chefs des prêtres est explicite: « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui remirent trente pièces d’argent » (Mt 26, 15).

*    *    *

Mais pourquoi être surpris par cette explication et la trouver trop banale ? N’est-ce pourtant pas presque toujours comme ça aujourd’hui ? Mammon, l’argent, n’est pas une idole parmi tant d’autres; c’est l’idole par antonomase : littéralement, « l’idole en métal fondu » (cf. Ex 34, 17). Et l’on comprend pourquoi. Qui est, objectivement, sinon subjectivement (autrement dit, dans les faits, si non dans les intentions), le vrai ennemi, le concurrent de Dieu, dans ce monde ? Satan ? Mais aucun homme ne décide de servir Satan, sans raison. S’il le fait c’est parce qu’il croit obtenir de lui quelque pouvoir ou quelque bénéfice temporel. Qui est, dans les faits, l’autre-maître, l’anti-Dieu, Jésus nous le dit clairement: « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6, 24). L’argent est le « dieu visible », contrairement au vrai Dieu qui est invisible.

Mammon est l’anti-dieu car il crée un univers spirituel alternatif, donne un autre objet aux vertus théologales. La foi, l’espérance et la charité ne reposent plus sur Dieu, mais sur l’argent. Une affreuse inversion de toutes les valeurs se met en marche. « Tout est possible pour celui qui croit », disent les Ecritures (Mc 9, 23); or le monde dit : « Tout est possible pour celui qui a de l’argent ». Et, à un certain niveau, tous les faits semblent lui donner raison.

« La racine de tous les maux – disent les Ecritures - c’est l’amour de l’argent” (1 Tm 6,10). Derrière chaque mal de notre société il y a l’argent, ou du moins il y a aussi  l’argent. Celui-ci est le Moloch de la Bible, auquel on sacrifiait les petits garçons et les petites filles (cf. Jr 32, 35), soit le dieu aztèque, auquel il fallait offrir quotidiennement un certain nombre de cœurs humains. Qu’y a-t-il derrière le commerce de la drogue qui détruit tant de vies humaines, l’exploitation de la prostitution, le phénomène des différentes mafias, la corruption politique, la fabrication et le commerce des armes, voire même – chose horrible à se dire –  derrière la vente d’organes humains enlevés à des enfants ? Et la crise financière que le monde a traversé et que ce pays traverse encore, n’est-elle pas due en bonne partie à cette « exécrable avidité d’argent », l’auri sacra fames, de la part de quelques uns ? Judas commença par soutirer un peu d’argent de la caisse commune. Cela ne dit-il rien à certains administrateurs de l’argent public ?

Mais sans penser à ces moyens criminels pour accumuler de l’argent, n’est-il déjà pas un scandale que certains perçoivent des salaires et des retraites cinquante ou cent fois supérieurs aux salaires et retraites de ceux qui travaillent à leurs dépendances et qu’ils élèvent la voix dès que se profile l’éventualité de devoir renoncer à quelque chose, en vue d’une plus grand justice sociale?

Dans les années 70 et 80, pour expliquer, en Italie, les soudains renversements politiques, les jeux occultes de pouvoir, le terrorisme et les mystères en tout genre dont était frappée la coexistence civile, s’affirmait l’idée, presque mythique, de l’existence d’un « grand Vieux » : un personnage rusé et puissant qui, en coulisses, aurait manipulé tous les fils, à des fins que lui seul connaissait. Ce « grand Vieux » existe vraiment, ça n’est pas un mythe ; il s’appelle Argent!

Comme toutes les idoles, l’argent est « faux et menteur » : il promet la sécurité alors qu’il l’enlève ; il promet la liberté alors qu’il la détruit. Saint François d’Assise décrit, de manière inhabituellement sévère, la fin d’une personne ayant vécu uniquement pour augmenter son « capital ». La mort approche ; on fait venir le prêtre. Celui-ci demande au moribond: « Veux-tu recevoir l’absolution de tes péchés ? », et il « oui »: « Veux-tu, dans la mesure où tu le peux, prendre sur ta fortune pour réparer tes fautes et restituer à ceux que tu as volés et trompés ? » Et lui: « Je ne peux pas ». « Pourquoi ne peux-tu pas ? » « Parce que j'ai tout remis entre les mains de mes parents et amis ». Ainsi, il meurt impénitent et dès qu’il est mort ses parents et ses amis disent entre eux: « Maudite soit son âme ! Il aurait pu amasser bien d’avantage  et nous le laisser, et il ne l’a pas fait! »

Que de fois, en cette période, avons-nous dû repenser à ce cri que Jésus lança au riche de la parabole qui avait amassé des biens à n’en plus finir et qui se sentait en sécurité pour le restant de sa vie: « Cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12,20). Des hommes placés à des postes de responsabilité qui ne savaient plus dans quelle banque ou dans quel paradis fiscal amasser les recettes de leur corruption se sont retrouvés sur le banc des accusés, ou dans la cellule d’une prison, juste au moment où ils s’apprêtaient à se dire: « Maintenant profites-en, mon âme ». Pour qui l’ont-ils fait ? Cela valait-il la peine? Ont-ils vraiment fait le bien de leurs enfants et de leur famille, ou du parti, si c’est cela qu’ils cherchaient? Ou alors ne se sont-ils pas ruinés eux-mêmes et les autres ? Le dieu argent se charge de punir lui-même ses adorateurs.

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La trahison de Judas continue dans l’histoire et le « trahi » c’est toujours lui, Jésus. Judas vendit le chef, ses adeptes vendent son corps, parce que les pauvres sont les membres du Christ: « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Mais la trahison de Judas ne se poursuit pas seulement dans les affaires retentissantes comme celles que je viens d’évoquer. Ça serait pratique pour nous de penser cela, mais il n’en est pas ainsi. L’homélie que don Primo Mazzolari prononça un Jeudi Saint sur « Notre frère Judas » est restée célèbre : « Laissez-moi penser un moment au Judas qui est au fond de moi, avait-il dit aux quelques paroissiens présents devant lui, au Judas qui est peut-être aussi en vous ».

On peut trahir Jésus aussi pour d’autres formes de récompense qui ne soient pas les trente pièces d’argent. Trahit le Christ celui ou celle qui trahit son épouse ou son époux. Trahit Jésus le ministre de Dieu infidèle à son état, ou qui au lieu de paître ses brebis se paît lui-même. Trahit Jésus quiconque trahit sa conscience. Je peux le trahir moi aussi, en ce moment – et la chose me fait trembler – si pendant que je prêche sur Judas je me préoccupe plus de l’approbation de l’auditoire que de participer à l’immense peine du Sauveur. Judas avait des circonstances atténuantes que nous n’avons pas. Il ne savait pas qui était Jésus, il pensait seulement qu’il était « un homme juste » ; il ne savait pas qu’il était le Fils de Dieu, nous, si.

Comme chaque année, à l’approche de Pâques, j’ai voulu réécouter la « Passion selon saint Matthieu » de Bach. Il y a un détail qui me fait sursauter à chaque fois. A l’annonce de la trahison de Judas, tous les apôtres demandent à Jésus: « Serait-ce moi, Seigneur ? » « Herr, bin ich’s ? » Mais avant de nous faire écouter la réponse du Christ, annulant toute distance entre l’événement et sa commémoration, le compositeur insère un chœur qui commence ainsi: «  C’est moi, c’est  moi le traître ! Je dois faire pénitence ! », « Ich bin’s, ich sollte büßen ». Comme tous les chœurs de cette œuvre, celui-ci exprime les sentiments du peuple qui écoute; il est une invitation à confesser nous aussi nos péchés.

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L’Evangile décrit la fin horrible de Judas: «  Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! » Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre » (Mt 27, 3-5). Mais ne portons pas de jugement hâtif. Jésus n’a jamais abandonné Judas et personne ne sait où il est tombé au moment il s’est lancé de l’arbre, la corde au cou: si c’est dans les mains de Satan ou dans celles de Dieu. Qui peut dire ce qui s’est passé dans son âme à ces derniers instants ? « Ami », avait été le dernier mot de Jésus à son égard dans le jardin des oliviers et il ne pouvait l’avoir oublié, tout comme il ne pouvait avoir oublié son regard.

Il est vrai qu’en parlant de ses disciples au Père, Jésus avait dit de Judas: « Aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte » (Jn 17, 12), mais ici, comme dans tant d’autres cas,  il parle dans la perspective du temps et non de l’éternité. L’autre parole terrible dite sur Judas: « Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »  (Mc 14, 21) s’explique elle aussi par l’énormité du fait, sans besoin de penser à un échec éternel. Le destin éternel de la créature est un secret inviolable de Dieu. L’Eglise nous garantit qu’un homme ou une femme proclamés saints sont dans la béatitude éternelle; mais d’aucun celle-ci ne sait s’il est certainement en enfer.

Dante Alighieri qui, dans la Divine Comédie, situe Judas dans les profondeurs de l’enfer, raconte la conversion au dernier moment de Manfred, le fils de Frédéric II, roi de Sicile. Tout le monde, à l’époque,  pensait qu’il était damné parce que mort excommunié. Blessé à mort durant une bataille, il confie au poète qu’au dernier moment de sa vie, il se rendit en pleurant à celui « qui volontiers pardonne » et du purgatoire, à travers le poète, envoie sur terre ce message qui vaut aussi pour nous :

Horribles furent mes péchés;
Mais la bonté divine a si grands bras
Qu’elle prend ce qui se rend à elle. (Purgatoire,III, 118-120).

*    *    *

Voilà à quoi l’histoire de notre frère Judas doit nous pousser: à nous rendre à celui qui volontiers pardonne, à nous jeter nous aussi dans les grands bras du crucifié. Dans l’histoire de Judas, ce qui importe le plus , ce n’est pas sa trahison, mais la réponse que Jésus lui donne. Il savait bien ce qui était en train de mûrir dans le cœur de son disciple ; mais il ne l’expose pas, il veut lui donner la possibilité jusqu’à la fin de revenir en arrière, comme s’il le protégeait. Il sait pourquoi il est venu, mais il ne refuse pas, dans le Jardin des oliviers, son baiser de glace, allant même jusqu’à l’appeler mon ami  (Mt 26, 50). De même qu'il chercha le visage de Pierre après son reniement pour lui donner son pardon, qui sait s’il n’aura pas cherché aussi celui de Judas à quelque tournant de son chemin de croix! Quand sur la croix il prie: « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34), il n’exclut certainement pas Judas.

Alors, nous, que ferons-nous ? Qui suivrons-nous, Judas ou Pierre ? Pierre eut des remords de ce qu’il avait fait, mais Judas eut lui aussi un tel remord qu’il s’écria : « J’ai trahi le sang innocent !» et il rendit les trente pièces d’argent. Alors, où est la différence ? En une seule chose: Pierre eut confiance en la miséricorde du Christ, pas Judas! Le plus grand péché de Judas ne fut pas d’avoir trahi Jésus, mais d’avoir douté de sa miséricorde.

Si nous l’avons imité, qui plus qui moins, dans la trahison, ne l’imitons pas dans ce manque de confiance dans le pardon. Il existe un sacrement où il est possible de faire une expérience sûre de la miséricorde du Christ : le sacrement de la réconciliation. Quel beau sacrement ! Il est doux de faire l’expérience de Jésus comme maître, comme Seigneur, mais encore plus doux d’en faire l’expérience comme Rédempteur : comme celui qui vous sort du  gouffre, comme Pierre de la mer, qui vous touche, comme il fit avec le lépreux, et vous dit : « Je le veux, sois purifié ! » (Mt 8,3).

La confession nous permet de vivre ce que l’Eglise dit du péché d’Adam dans l’Exultet pascal: « O heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur! » Jésus sait faire de toutes les fautes humaines, une fois que nous sommes repentis, des « heureuses fautes », des fautes dont on ne garde aucun souvenir si ce n’est celui de l’expérience de miséricorde et de tendresse divine dont elles furent l’occasion!

J’ai un vœu à faire, à moi-même et à vous tous, Vénérables Pères, frères et sœurs: que le matin de Pâques nous puissions nous réveiller et entendre résonner dans nos cœurs les paroles d’un grand converti de notre temps, le poète et dramaturge Paul Claudel:

« Mon Dieu, je suis ressuscité et je suis encore avec Toi !

Je dormais et j’étais couché ainsi qu’un mort dans la nuit.

Dieu dit : Que la lumière soit ! Et je me suis réveillé comme on pousse un cri ! […]

Mon père qui m’avez engendré avant l’Aurore, je me place dans Votre Présence.

Mon cœur est libre et ma bouche est nette, mon corps et mon esprit sont à jeun.

Je suis absous de tous mes péchés que j’ai confessés un par un.

L’anneau nuptial est à mon doigt et ma face est nettoyée.

Je suis comme un être innocent dans la grâce que Vous m’avez octroyée ».

(Paul Claudel, Prière pour le dimanche matin, in Œuvres poétiques (Paris: Gallimard, 1967), 377).

C'est cela que la Pâque du Christ peut faire de nous.

Semaine Sainte 2014
Quand tout semble perdu, Dieu intervient par la Résurrection

La victoire de Dieu, dans l'échec apparent
Catéchèse sur la Semaine Sainte

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, au milieu de la Semaine sainte, la liturgie nous présente un triste  épisode: le récit de la trahison de Judas qui se rend chez les chefs de la synagogue pour marchander et leur livrer son maître: « Que voulez-vous me donner si je vous le livre ? ». À ce moment-là, Jésus a un prix. Cet acte dramatique marque le début de la Passion du Christ, un parcours douloureux qu’il choisit dans une liberté absolue. Il le dit lui-même clairement : « Je donne ma vie… Personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même. J’ai pouvoir de la donner et j’ai pouvoir de la reprendre » (Jn 10,17-18). Et ainsi, avec cette trahison, commence la voie de l’humiliation, du dépouillement de Jésus. Comme s’il était au marché : celui-ci coûte trente pièces d’argent… Jésus, une fois engagé sur la voie de l’humiliation et du dépouillement, la parcourt jusqu’au bout.

Jésus atteint l’humiliation totale avec sa « mort sur la croix ». Il s’agit de la pire des morts, celle qui était réservée aux esclaves et aux délinquants. Jésus était considéré comme un prophète, mais il meurt comme un délinquant. En regardant Jésus dans sa passion, nous voyons comme dans un miroir les souffrances de l’humanité et nous trouvons la réponse divine au mystère du mal, de la douleur, de la mort. Nous éprouvons si souvent de l’horreur face au mal et à la souffrance qui nous entourent et nous nous demandons : « Pourquoi Dieu permet-il cela ? » C’est une profonde blessure pour nous de voir la souffrance et la mort, en particulier celle des innocents. Quand nous voyons souffrir des enfants, cela blesse notre cœur : c’est le mystère du mal. Et Jésus prend sur lui tout ce mal, toute cette souffrance. Cette semaine, cela nous fera du bien à tous de regarder le crucifix, d’embrasser les plaies de Jésus, de les embrasser sur le crucifix. Il a pris sur lui toute la souffrance humaine, il s’est revêtu de cette souffrance.

Nous attendons que, dans sa toute-puissance, Dieu soit vainqueur de l’injustice, du mal, du péché et de la souffrance par une victoire divine triomphante. Au contraire, Dieu nous montre une victoire humble qui, à vue humaine, semble un échec. Nous pouvons dire que Dieu est vainqueur dans l’échec ! Le Fils de Dieu, en effet, apparaît sur la croix comme un homme vaincu : il souffre, il est trahi, bafoué et finalement il meurt. Mais Jésus permet que le mal s’acharne contre lui et il le prend sur lui pour le vaincre. Sa passion n’est pas un accident ; sa mort – cette mort – était « écrite ». Vraiment, nous ne trouvons pas beaucoup d’explications. Il s’agit d’un mystère déconcertant, le mystère de la grande humilité de Dieu : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Cette semaine, pensons beaucoup à la douleur de Jésus et disons-nous à nous-mêmes : c’est pour moi. Même si j’avais été seul au monde, il l’aurait fait. Il l’a fait pour moi. Embrassons le crucifix et disons : pour moi. Merci Jésus! Pour moi.

Quand tout semble perdu, quand il ne reste plus personne parce qu’ils frapperont « le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées » (Mt 26,31), c’est alors que Dieu intervient avec la puissance de la résurrection. La résurrection de Jésus n’est pas la fin heureuse d’une belle fable, ce n’est pas le « happy end » d’un film ; mais c’est l’intervention de Dieu le Père, là où se brise l’espérance humaine. Au moment où tout semble perdu, au moment de la douleur, lorsque tant de personnes éprouvent comme le besoin de descendre de la croix, c’est le moment le plus proche de la résurrection. La nuit devient plus obscure précisément avant que ne se lève le jour, avant que ne pointe la lumière. Au moment le plus obscur, Dieu intervient et ressuscite.

Jésus, qui a choisi de passer par cette voie, nous appelle à le suivre sur le même chemin d’humiliation. Lorsque, à certains moments de notre vie, nous ne trouvons aucune voie de sortie de nos difficultés, lorsque nous plongeons dans l’obscurité la plus dense, c’est le moment de notre humiliation et de notre dépouillement total, l’heure où nous expérimentons que nous sommes fragiles et pécheurs. C’est justement alors, à ce moment-là, que nous ne devons pas cacher notre échec, mais nous ouvrir avec confiance à l’espérance en Dieu, comme l’a fait Jésus.

Chers frères et sœurs, cette semaine, cela nous fera du bien de prendre le crucifix dans nos mains et de beaucoup l’embrasser, beaucoup, en disant : merci Jésus, merci Seigneur. Ainsi soit-il.


Homélie du dimanche des Rameaux

"Où est mon cœur ?", la question à se poser devant l’Évangile de la Passion

Homélie du Dimanche des Rameaux

Cette semaine commence par la procession festive avec les rameaux d'olivier : tout le peuple accueille Jésus. Les enfants, les jeunes chantent, louent Jésus.

Mais cette semaine se poursuit dans le mystère de la mort de Jésus et de sa résurrection. Nous avons écouté la Passion du Seigneur. Cela nous fera du bien de nous poser une seule question : qui suis-je ? Qui suis-je, devant mon Seigneur ? Qui suis-je, en face de Jésus qui entre dans la fête à Jérusalem ? Suis-je capable d'exprimer ma joie, de le louer ? Ou est-ce que je prends de la distance ? Qui suis-je, devant Jésus qui souffre?

Nous avons entendu tant de noms, tant de noms. Le groupe des dirigeants, certains prêtres, certains pharisiens, certains docteurs de la loi, qui avaient décidé de le tuer. Ils attendaient l'occasion de l'arrêter. Suis-je comme l'un d'eux ?

Nous avons entendu aussi un autre nom : Judas. 30 pièces d'argent. Suis-je comme Judas ? Nous avons entendu d'autres noms : les disciples qui ne comprenaient rien, qui s'endormaient pendant que le Seigneur souffrait. Ma vie est-elle endormie ? Ou suis-je comme les disciples, qui ne comprenaient pas ce qu'était que de livrer Jésus ? Comme cet autre disciple qui voulait tout résoudre par l'épée : suis-je comme eux ? Suis-je comme Judas, qui fait semblant d'aimer et embrasse le Maître pour le livrer, pour le trahir ? Suis-je un traître ? Suis-je comme ces dirigeants qui dressent un procès hâtif et cherchent de faux témoins : suis-je comme eux ? Et quand je fais ces choses, si je le fais, est-ce que je crois qu'ainsi je sauve le peuple ?

Suis-je comme Pilate ? Quand je vois que la situation est difficile, est-ce que je me lave les mains, ne sais pas assumer ma responsabilité et laisse condamner – ou bien je condamne moi-même – les personnes ?

Suis-je comme cette foule qui ne savait pas bien si elle était dans une réunion religieuse, dans un procès ou dans un cirque, et qui choisit Barabbas ? Pour eux c'est la même chose : il était plus amusant d'humilier Jésus.

Suis-je comme les soldats qui frappent le Seigneur, lui crachent dessus, l'insultent, s'amusent avec l'humiliation du Seigneur ?

Suis-je comme le Cyrénéen qui rentrait du travail, fatigué, mais qui a eu la bonne volonté d'aider le Seigneur à porter la croix ?

Suis-je comme ceux qui passaient devant la Croix, et qui se moquaient de Jésus : "Il était si courageux ! Descends de la croix, pour que nous croyions en Lui!". Se moquer de Jésus…

Suis-je comme ces femmes courageuses, et comme la Maman de Jésus, qui étaient là, et souffraient en silence ?

Suis-je comme Joseph, le disciple caché, qui porte le corps de Jésus avec amour, pour lui donner une sépulture ?

Suis-je comme les deux Marie qui restent devant le Sépulcre en pleurant, en priant ?

Suis-je comme ces chefs qui le jour suivant sont allés dire à Pilate : "Attention il a dit qu'il ressusciterait. Qu'il n'y ait pas d'autre mensonge !", et qui bloquent la vie, bloquent le sépulcre pour défendre la doctrine, pour que la vie ne sorte pas ?

Où est mon cœur ? A laquelle de ces personnes est-ce que je ressemble ? Que cette question nous accompagne durant toute la semaine.


Le Christ est la Résurrection et la Vie

Sortir de l'aveuglement


Sortir de l'aveuglement, programme du carême
Angélus du 30 mars 2014

Chers frères et sœurs, bonjour,

L’Evangile du jour présente l’épisode de l’homme aveugle de naissance, auquel Jésus donne la vue. Le long récit s’ouvre par un aveugle qui commence à voir et se ferme – cela est curieux – avec des voyants présumés qui continuent à rester aveugles dans leur âme. Le miracle est raconté par Jean en deux versets à peine, car l’évangéliste veut attirer l’attention non pas sur le miracle en soi, mais sur ce qui arrive ensuite, sur les discussions qu’il suscite ; sur les bavardages aussi : si souvent, une bonne œuvre, une œuvre de charité suscite des médisances et des discussions, car certains ne veulent pas voir la vérité. L’évangéliste Jean veut attirer l’attention sur ce qui arrive aussi de nos jours lorsque l’on fait une bonne œuvre. L’aveugle guéri est d’abord interrogé par la foule étonnée – ils ont vu le miracle et l’interrogent – puis par les docteurs de la loi ; ces derniers interrogent aussi ses parents. A la fin l’aveugle guéri parvient à la foi, et c’est la grâce la plus grande qui lui est faite par Jésus : non seulement de voir, mais de Le connaître, de Le voir comme « la lumière du monde » (Jn 9,5).

Alors que l’aveugle s’approche graduellement de la lumière, les docteurs de la loi au contraire s’enlisent toujours plus dans leur cécité intérieure. Enfermés dans leurs présomptions, ils croient déjà avoir la lumière; à cause de cela ils ne s’ouvrent pas à la vérité de Jésus. Ils font tout pour nier l’évidence. Ils mettent en doute l’identité de l’homme guéri ; puis ils nient l’action de Dieu dans la guérison, en prenant comme excuse que Dieu n’agit pas le samedi ; ils en arrivent même à douter que l’homme soit né aveugle. Leur fermeture à la lumière devient agressive et aboutit à l’expulsion de l’homme guéri du temple.

Le chemin de l’aveugle au contraire est un parcours à étapes, qui part de la connaissance du nom de Jésus. Il ne connaît rien de Lui; en effet il dit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a frotté les yeux » (v.11). Après les questions pressantes des docteurs de la loi, il le considère d’abord comme un prophète (v.17) et puis un homme proche de Dieu (v.31). Après qu’il ait été éloigné du temple, exclu de la société, Jésus le trouve de nouveau et lui "ouvre les yeux" pour la seconde fois, en lui révélant son identité : « Je suis le Messie », lui dit-il. A ce moment-là celui qui avait été aveugle s’exclame : « Je crois, Seigneur ! » (v.38), et se prosterne devant Jésus. C’est un passage de l’Evangile qui montre le drame de la cécité intérieure de tant de personnes, y compris la nôtre car parfois nous avons des moments de cécité intérieure.

Notre vie est parfois semblable à celle de l’aveugle qui s’est ouvert à la lumière, qui s’est ouvert à Dieu, qui s’est ouvert à sa grâce. Parfois malheureusement elle est un peu comme celle des docteurs de la loi : du haut de notre orgueil nous jugeons les autres, et même le Seigneur ! Aujourd’hui, nous sommes invités à nous ouvrir à la lumière du Christ pour porter du fruit dans notre vie, pour éliminer les comportements qui ne sont pas chrétiens ; nous tous sommes chrétiens, mais nous tous, tous, nous avons parfois des comportements non chrétiens, des comportements de péché. Nous devons nous en repentir, éliminer ces comportements pour marcher résolument sur la voie de la sainteté. Elle prend son origine dans le Baptême. Nous aussi en effet nous avons été "éclairés" par le Christ dans le Baptême, afin que, comme nous le rappelle saint Paul, nous puissions nous comporter comme « des enfants de lumière » (Eph 5,8), avec humilité, patience, miséricorde. Ces docteurs de la loi n’avaient ni humilité, ni patience, ni miséricorde !

Je vous suggère, aujourd’hui, quand vous rentrerez chez vous, de prendre l’Evangile de Jean et de lire ce passage du chapitre 9. Cela vous fera du bien, car vous verrez cette route de la cécité à la lumière et l’autre mauvaise route vers une plus profonde cécité. Demandons-nous comment est notre cœur. Ai-je un cœur ouvert ou un cœur fermé ? Ouvert ou fermé envers Dieu ? Ouvert ou fermé envers le prochain ? Nous avons toujours en nous quelque fermeture née du péché, des fautes, des erreurs. Nous ne devons pas avoir peur ! Ouvrons-nous à la lumière du Seigneur, Il nous attend toujours pour nous aider à mieux voir, pour nous donner plus de lumière, pour nous pardonner. N’oublions pas cela ! Confions notre chemin du carême à la Vierge Marie, afin que nous aussi, comme l’aveugle guéri, avec la grâce du Christ, nous puissions "venir à la lumière", aller plus avant vers la lumière et renaître à une vie nouvelle.

Et n’oubliez pas aujourd’hui : à la maison, prendre l’Evangile de Jean, chapitre 9, et lire cette histoire de l’aveugle qui est devenu voyant et des présumés voyants qui se sont enfoncés encore plus dans leur cécité.

A tous je souhaite un bon dimanche et un bon déjeuner. Au-revoir !


2- Pères, soyez très proches de vos enfants !


2- Pères, soyez très proches de vos enfants !
Catéchèse du 19 mars 2014


 Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, 19 mars, nous célébrons la fête solennelle de saint Joseph, époux de Marie et patron de l’Église universelle. Consacrons-lui donc cette catéchèse, à lui qui mérite toute notre reconnaissance et notre dévotion, pour avoir su garder la Sainte Vierge et son fils Jésus. Être gardien est la caractéristique de saint Joseph, c’est sa grande mission, être gardien.

Aujourd’hui, je voudrais reprendre ce thème, « être gardien », dans une perspective particulière, la perspective éducative. Regardons Joseph comme le modèle de l’éducateur, qui a su garder et accompagner Jésus dans son chemin de croissance « en sagesse, en taille et en grâce », comme le dit l’Évangile de Luc. Il n’était pas le père de Jésus : le père de Jésus était Dieu, mais il a servi de papa à Jésus, il a servi de père à Jésus pour l’aider à grandir. Et comment l’a-t-il aidé à grandir ? En sagesse, en taille et en grâce.

Partons de la taille, qui est la dimension la plus naturelle, la croissance physique et psychologique. Joseph, avec Marie, a pris soin de Jésus avant tout sur ce plan-là, c’est-à-dire qu’il l’a « élevé », en se souciant qu’il ne manque pas de ce qui est nécessaire à un sain développement. N’oublions pas que cette garde prévenante de la vie de l’Enfant a comporté aussi la fuite en Égypte, la dure expérience de vivre comme des réfugiés – Joseph a été un réfugié, avec Marie et Jésus – pour échapper à la menace d’Hérode. Puis, une fois rentrés dans leur patrie et établis à Jérusalem, il y a eu toute la longue période de la vie en famille. Pendant ces années, Joseph a aussi appris à Jésus son travail, et Jésus a appris le métier de menuisier, comme son père Joseph. C’est de cette façon que Joseph a élevé Jésus.

Passons à la seconde dimension de l’éducation de Jésus, celle de la « sagesse ». Joseph a été pour Jésus un exemple et un maître de cette sagesse qui se nourrit de la Parole de Dieu. Nous pouvons imaginer comment Joseph a enseigné à l’enfant Jésus à écouter les Saintes Écritures, en particulier en l’accompagnant le samedi à la synagogue de Nazareth. Et Joseph l’accompagnait pour que Jésus écoute la Parole de Dieu dans la synagogue.

Et enfin, la dimension de la « grâce ». Saint Luc nous dit encore, en se référant à Jésus : « La grâce de Dieu était sur lui » (2,40). Ici, certainement, la part réservée à saint Joseph est plus limitée, par rapport à ce qui concerne la taille et la sagesse. Mais ce serait une grave erreur de penser qu’un père et une mère ne peuvent rien faire pour éduquer leurs enfants à grandir dans la grâce de Dieu. Grandir en taille, grandir en sagesse, grandir en grâce : c’est le travail qu’a fait Joseph avec Jésus, le faire grandir dans ces trois dimensions, l’aider à grandir.

Chers frères et sœurs, la mission de saint Joseph est certainement unique et inimitable, parce que Jésus est absolument unique. Et pourtant, en gardant Jésus, en lui apprenant à grandir en taille, en sagesse et en grâce, Joseph est le modèle de tous les éducateurs, en particulier de tous les pères. Saint Joseph est le modèle de l’éducateur et du papa, du père. Je confie donc à sa protection tous les parents, les prêtres – qui sont pères – et ceux qui ont une tâche d’éducation dans l’Église et dans la société. D’une manière particulière, je voudrais saluer aujourd’hui, en ce 'jour du papa', tous les parents, tous les papas : je vous salue de tout cœur ! Voyons… y a-t-il des papas sur la place ? Levez la main, les papas ! Tous ces papas ! Tous mes vœux, tous mes vœux en ce jour qui est le vôtre ! Je demande pour vous la grâce d’être toujours très proches de vos enfants, en les laissant grandir, mais proches, proches ! Ils ont besoin de vous, de votre présence, de votre proximité, de votre amour. Soyez pour eux comme saint Joseph : des gardiens de leur croissance en taille, en sagesse et en grâce. Des gardiens de leur chemin, des éducateurs. Marchez avec eux. Et par cette proximité, vous serez de véritables éducateurs. Merci pour tout ce que vous faites pour vos enfants, merci ! Tous mes vœux, et bonne fête des papas à tous les papas qui sont ici, à tous les papas ! Que saint Joseph vous bénisse et vous accompagne. Et certains d’entre nous ont perdu leur papa, il est parti, le Seigneur l’a rappelé ; il y en a beaucoup sur la place qui n’ont pas leur papa. Nous pouvons prier pour tous les papas du monde, pour les papas vivants et aussi pour ceux qui sont morts et pour nos proches, et nous pouvons le faire ensemble, chacun de nous se souvenant de son papa, qu’il soit vivant ou mort. Et prions le Père, notre grand papa à tous : un « Notre Père », pour nos papas. Notre Père…

Et tous mes vœux aux papas !

1- Vos enfants savent-ils faire le signe de la croix? Examen de conscience de carême

1- Vos enfants savent-ils faire le signe de la croix? Examen de conscience de carême
Catéchèse du 5 mars 2014

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, mercredi des Cendres, commence l’itinéraire du Carême de quarante jours qui nous conduira au Triduum pascal, mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur, cœur du mystère de notre salut. Le Carême nous prépare à ce moment si important, c’est pourquoi c’est un temps « fort », un tournant qui peut favoriser en chacun de nous le changement, la conversion. Nous avons tous besoin de nous améliorer, de changer en mieux. Le carême nous y aide et ainsi, nous sortons de nos habitudes lasses et de cette accoutumance paresseuse au mal qui est un piège. Pendant le temps du Carême, l’Église nous adresse deux invitations importantes : acquérir une conscience plus vive de l’œuvre rédemptrice du Christ ; vivre notre baptême de manière plus engagée.

La conscience des merveilles que le Seigneur a faites pour notre salut dispose notre esprit et notre cœur à une attitude de gratitude envers Dieu, pour ce qu’il nous a donné, pour tout ce qu’il accomplit en faveur de son peuple et de toute l’humanité. C’est le point de départ de notre conversion qui est la réponse reconnaissante au mystère extraordinaire de l’amour de Dieu. Quand nous voyons cet amour que Dieu a pour nous, nous éprouvons le désir de nous approcher de lui : c’est cela la conversion.

Vivre pleinement notre baptême – c’est la seconde invitation – signifie ne pas nous habituer aux situations de dégradation et de misère que nous rencontrons lorsque nous marchons dans les rues de nos villes et de nos pays. Il y a un risque d’accepter passivement certains comportements et de ne pas nous étonner face aux tristes réalités qui nous entourent. Nous nous habituons à la violence, comme si c’était une nouvelle quotidienne normale ; nous nous habituons à voir des frères et sœurs dormir dans la rue, qui n’ont pas de toit pour se mettre à l’abri. Nous nous habituons aux réfugiés en quête de liberté et de dignité, qui ne sont pas accueillis comme ils le devraient. Nous nous habituons à vivre dans une société qui prétend se passer de Dieu, dans laquelle les parents n’enseignent plus à leurs enfants à prier ni à faire le signe de croix. Je vous pose la question : vos enfants, vos jeunes enfants savent-ils faire le signe de croix ? Réfléchissez. Vos petits-enfants savent-ils faire le signe de croix ? Vous le leur avez enseigné ? Réfléchissez et répondez dans votre cœur. Ils savent prier le Notre Père ? Ils savent prier la Vierge Marie avec le Je vous salue Marie ? Réfléchissez-y et répondez. Cette accoutumance à des comportements non chrétiens par facilité nous anesthésie le cœur !

Le carême nous rejoint comme un temps providentiel pour changer de route, pour récupérer notre capacité à réagir face à la réalité du mal qui nous lance toujours un défi. Le carême doit se vivre comme un temps de conversion, de renouvellement personnel et communautaire en nous approchant de Dieu et avec une adhésion confiante à l’Évangile. De cette façon, il nous permet aussi de regarder nos frères et leurs besoins avec un regard neuf. C’est pour cela que le carême est un moment favorable pour nous convertir à l’amour de Dieu et de notre prochain ; un amour qui sache faire sienne l’attitude de gratuité et de miséricorde du Seigneur, qui « s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » (cf. 2 Co 8,9). En méditant les mystères centraux de la foi, la passion, la croix et la résurrection du Christ, nous nous rendrons compte que le don sans mesure de la Rédemption nous a été donné par une initiative gratuite de Dieu.


Action de grâce envers Dieu pour le mystère de son amour crucifié ; foi authentique, conversion et ouverture du cœur à nos frères : voilà les éléments essentiels pour vivre le temps du carême. Sur ce chemin, nous voulons invoquer avec une confiance particulière la protection et l’aide de la Vierge Marie : que ce soit elle, la première croyante dans le Christ, qui nous accompagne dans ces jours de prière intense et de pénitence, pour parvenir à célébrer, purifiés et renouvelés dans l’esprit, le grand mystère de la Pâque de son fils. Merci !
Homélie pour la Messe des Cendres

lundi

Pape François : L'homme n'est pas une marchandise

L'homme n'est pas une marchandise, le Pape dénonce toute atteinte à la vie


Comme il l’avait dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le pape dénonce la culture d’aujourd’hui, celle de la mise à l’écart ; il dénonce une économie qui fait de l’homme « un bien de consommation », utilisé pour être jeté. Félicitant les membres du mouvement italien pour la vie qu’il a reçu en audience ce vendredi matin, François les a exhortés à condamner avec une ferme détermination toute atteinte à la vie en particulier, celle de l’enfant à naître. Il les a encouragé à promouvoir la vie dans un style de proximité : pour que chaque femme se sente considérée comme une personne, écoutée, accueilli, accompagnée.

La traite des êtres humains, réseaux de prostitution

« La vie humaine est sacrée et inviolable ». Le droit civil repose sur la reconnaissance de ce droit à la vie, « primordial et fondamental » et « qui n’est subordonné à aucune condition ni qualitative, ni économique, ni idéologique ».

« Comme le commandement “ne tue pas” pose une limite claire pour protéger la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, leur a expliqué le Pape, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de l’inégalité”. Cette économie tue… Elle considère l’être humain comme un bien de consommation qu’on peut utiliser et jeter. Une culture de la mise à l’écart est même valorisée. (Esort. ap. Evangelii gaudium, 53). Ainsi, la vie est elle aussi mise au ban ».

Le Pape dénonce le divorce entre l'économie et la morale

Pour François, un des risques « les plus graves auquel est exposée la vie à notre époque » est celui du « divorce entre l’économie et la morale », entre les possibilités offertes par un marché pourvu de nombreuses nouveauté technologiques et les normes éthiques élémentaires de la nature qui sont de plus en plus négligée. « Il convient de répéter notre ferme opposition à toute atteinte à la vie, en particulier à celles de personnes innocente ou sans défense, par essence celle de l’enfant à naître ». Rappelons les parole du Concile Vatican II : « la vie, une fois conçue, doit être protégée avec le plus grand soin, l’avortement ou l’infanticide sont des délit abominables (Cost. Gaudium et spes, 51). »

Il le fait souvent. Le Pape a ponctué son intervention d’anecdotes, se souvenant notamment d’une conférence avec des médecins à laquelle il a assisté il y a longtemps. « A la fin de la conférence, je suis allé les saluer, l’un d’eux m’a conduit de côté, une boite en main ». A l’intérieur de la boite se trouvait les instruments avec lesquels il avait pratiqué des avortements. « J’ai trouvé le Seigneur et je me suis repenti, » lui a expliqué le médecin. Le Pape a demandé à tous de prier pour cet homme.

Protéger les enfants à naître

« Il incombe aux chrétiens de témoigner toujours pour protéger la vie, à toutes ses phases, avec courage et amour. Je vous encourage à le faire sans cesse en montrant votre proximité : que chaque femme se sente considérée comme une personne écoutée, accueillie, accompagnée. »

Le pape souhaite que les enfants à naître soient protégés, mais aussi les grands-parents. « l’un comme l’autre représente l’espérance d’un peuple ». Les enfants et les jeunes comme guides, les grands-parents comme gardiens de la mémoire.

« Chers frères et sœurs, que le Seigneur soutienne l’action que vous accomplissez notamment dans vos centres d’aide à la vie, ou avec le projet “un de nous ». Le pape les a béni et leur a demandé de prier pour lui. »

samedi

Le narcissisme du théologien qui ne prie pas

Le Cardinal Henri De Lubac - Théologien et grand spirituel

Le narcissisme du théologien qui ne prie pas
Audience aux instituts pontificaux confiés aux jésuites



Discours du pape François 

Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs,

Je vous souhaite à tous la bienvenue, professeurs, étudiants et personnel non enseignant de l’Université pontificale grégorienne, de l’Institut biblique pontifical et de l’Institut pontifical oriental. Je salue le Père Nicolás, le Père délégué et tous les autres Supérieurs, ainsi que les cardinaux et évêques présents. Merci !

Les institutions auxquelles vous appartenez, réunies en Consortium par le pape Pie XI en 1928, sont confiées à la Compagnie de Jésus et partagent le même désir de « militer sous l’étendard de la Croix les combats de Dieu et servir le Seigneur seul et l’Église, son épouse, sous le pontife romain, vicaire du Christ en terre » (Formule, 1). Il est important que se développent entre elles la collaboration et les synergies, en conservant la mémoire de l'histoire tout en assumant le présent et regardant vers le futur – le Père général disait « regarder loin », vers l’horizon – en regardant vers le futur avec créativité et imagination, en cherchant à avoir une vision globale de la situation et des défis actuels et une manière commune de les affronter, et en trouvant sans peur des voies nouvelles.

Le premier aspect que je voudrais souligner en pensant à votre engagement, que ce soit comme enseignants ou comme étudiants, ou encore en tant que personnel de ces Institutions, est la valorisation du lieu même dans lequel vous vous trouvez pour travailler et étudier, c’est-à-dire la ville et surtout l’Église de Rome. Il y a un passé et il y a un présent. Il y a les racines de la foi : la mémoire des apôtres et des martyrs ; et il y a l’« aujourd’hui » de l’Église, il y a le chemin actuel de cette Église qui préside à la charité, au service de l’unité et de l’universalité. Tout ceci n’est pas quelque chose d’acquis ! Cela doit être vécu et valorisé, avec un engagement en partie institutionnel et en partie personnel, laissé à l’initiative de chacun.

Mais en même temps, vous apportez ici la diversité des Églises auxquelles vous appartenez, de vos cultures. C’est une des richesses inestimables des Institutions romaines. C’est une occasion précieuse de croissance dans la foi et d’ouverture de l’esprit et du cœur à l’horizon de la catholicité. Dans cet horizon, la dialectique entre « centre » et « périphérie » assume une forme propre, qui est la forme évangélique, selon la logique d’un Dieu qui rejoint le centre en partant de la périphérie et pour retourner à la périphérie.

L’autre aspect que je voulais partager est celui du rapport entre études et vie spirituelle. Votre engagement intellectuel, dans l’enseignement et dans la recherche, dans l’étude et dans la formation la plus ample, sera d’autant plus fécond et efficace qu’il sera davantage animé par l’amour du Christ et de l’Église, que la relation entre étude et prière sera solide et harmonieuse. Ce n’est pas quelque chose d’ancien, c’est le centre !

C’est l’un des défis de notre temps : transmettre le savoir et en offrir une clé de compréhension vitale, et non une accumulation de notions sans lien entre elles. Il faut une véritable herméneutique évangélique pour mieux comprendre la vie, le monde et les hommes, non pas une synthèse mais une atmosphère spirituelle de recherche et de certitude basée sur les vérités de la raison et de la foi. La philosophie et la théologie permettent d’acquérir les convictions qui structurent et fortifient l’intelligence et éclairent la volonté… mais tout ceci est fécond uniquement si on le fait avec un esprit ouvert et à genoux. Le théologien qui se satisfait dans sa pensée complète et fermée est un médiocre. Le bon théologien et philosophe a une pensée ouverte, c’est-à-dire incomplète, toujours ouverte au maius de Dieu et de la vérité, toujours en développement, selon la loi que saint Vincent de Lérins décrit ainsi : « annis consolidetur, dilatetur tempore, sublimetur aetate » (Commonitorium primu, 23 : PL 50, 668) : elle se consolide avec les années, se dilate avec le temps, s’approfondit avec l’âge. Voilà le théologien qui a l’esprit ouvert. Et le théologien qui ne prie pas et n’adore pas Dieu finit par sombrer dans le narcissisme le plus abject. Et cela, c’est une maladie ecclésiastique. Le narcissisme des théologiens, des penseurs fait beaucoup de mal, il est abject.

L’objectif des études dans toutes les universités pontificales est ecclésial. La recherche et l’étude doivent être intégrées dans la vie personnelle et communautaire, avec l’engagement missionnaire, la charité fraternelle et le partage avec les pauvres, avec le souci de la vie intérieure dans sa relation avec le Seigneur. Vos instituts ne sont pas des machines à produire des théologiens et des philosophes ; ce sont des communautés dans lesquelles on grandit, et la croissance se fait en famille. Dans la famille universitaire, il y a le charisme de gouvernement, confié aux supérieurs, et il y a la diaconie du personnel non enseignant, qui est indispensable pour créer un climat familial dans la vie quotidienne, et aussi pour susciter des comportements d’humanité et de sagesse concrète, qui feront des étudiants d’aujourd’hui des personnes capables de construire l’humanité, de transmettre la vérité dans sa dimension humaine, de savoir que sans la bonté et la beauté d’appartenir à une famille de travail, on finit par devenir un intellectuel sans talent, un moraliste sans bonté, un penseur auquel manque la splendeur de la beauté et qui est simplement « maquillé » de formalismes. Le contact respectueux et quotidien avec la vie laborieuse et le témoignage des hommes et des femmes qui travaillent dans vos Institutions vous donnera cette part de réalisme si nécessaire pour que votre science soit une science humaine et non de laboratoire.

Chers frères, je confie chacun de vous, vos études et votre travail, à l’intercession de Marie, Sedes Sapientiae, de saint Ignace de Loyola et de vos saints patrons. Je vous bénis de tout cœur et je prie pour vous. Vous aussi, s’il vous plaît, priez pour moi ! Merci.

Maintenant, avant de vous donner la bénédiction, je vous invite à prier la Vierge Marie, notre Mère, pour qu’elle nous aide et nous garde. Ave Maria…

Le pape demande pardon pour les abus sexuels commis par des prêtres



Rencontre avec le Bureau international catholique de l'enfance

Discours du pape François

Je vous remercie pour cette rencontre. J’apprécie votre engagement en faveur des enfants : c’est une expression concrète et actuelle de la prédilection qu’a pour eux le Seigneur Jésus. J’aime dire que, dans une société bien constituée, les privilèges ne doivent être que pour les enfants et les personnes âgées. Parce que l’avenir d’un peuple est dans leurs mains ! Les enfants, parce qu’ils auront certainement la force de faire avancer l’histoire et les personnes âgées parce qu’elles portent en elle la sagesse d’un peuple et qu’elles doivent transmettre cette sagesse.

Nous pouvons dire que le BICE est né de la maternité de l’Église. En effet, il tire son origine de l’intervention du pape Pie XII pour défendre l’enfance au lendemain de la seconde guerre mondiale. Depuis, cette organisation s’est toujours engagée pour promouvoir la protection des droits des mineurs, contribuant ainsi à la Convention de l’ONU en 1989. Et pour son travail, elle collabore constamment avec les bureaux du Saint-Siège à New York, Strasbourg et surtout Genève.

Vous avez parlé avec délicatesse du bon traitement [des enfants]. Je vous remercie pour cette expression délicate. Mais je me appelé sens à prendre sur moi tout le mal que certains prêtres – un nombre assez important, mais pas par rapport à la totalité – à prendre cela sur moi et à demander pardon pour les torts qu’ils ont causés, pour les abus sexuels sur les enfants. L’Église est consciente des préjudices. C’est un préjudice personnel et aussi moral, mais de la part d’hommes d’Église. Et nous ne voulons pas faire marche arrière dans le traitement de ce problème et des sanctions qui doivent être appliquées. Au contraire, je crois que nous devons être très fermes. Avec les enfants, on ne plaisante pas !

De nos jours, il est important de faire avancer les projets contre le travail d’esclave, contre le recrutement d’enfants-soldats et contre toute forme de violence sur les mineurs.

De façon positive, il faut réaffirmer le droit des enfants à grandir dans une famille, avec un papa et une maman capables de créer un climat favorable à leur développement et à leur croissance affective. A poursuivre leur croissance en relation avec la masculinité et la féminité d’un père et d’une mère, pour qu’ils parviennent à une maturité affective.

Ceci implique en même temps de soutenir le droit des parents à l’éducation morale et religieuse de leurs enfants. Et, à ce sujet, je voudrais exprimer mon refus de toute forme d’expérimentation éducative sur les enfants. On ne peut pas faire des expériences avec des enfants et des jeunes. Ce ne sont pas des cobayes de laboratoire ! Les horreurs de la manipulation éducative que nous avons vécues pendant les grandes dictatures génocidaires du XXe siècle n’ont pas disparu ; elles conservent leur actualité sous des aspects divers et avec des propositions prétendument modernes qui poussent les enfants et les jeunes à marcher sur la voie dictatoriale de la « pensée unique ». Il y a à peine une semaine, un grand éducateur me disait : « Parfois, avec ces projets – il se référait à des projets éducatifs concrets – on ne sait pas si on envoie un enfant à l’école ou dans un camp de rééducation ».

Travailler pour les droits humains suppose de maintenir vivante la formation anthropologique, d’être bien au clair sur la réalité de la personne humaine et de savoir répondre aux problèmes et aux défis posés par les cultures contemporaines et par la mentalité répandue par les mass médias. Bien sûr, il ne s’agit pas de se réfugier, de se cacher dans des ambiances protégées qui, au jour d’aujourd’hui, sont incapables de donner la vie, qui sont liées à des cultures qui appartiennent au passé… Non, pas cela, cela ne va pas. Mais d’affronter avec les valeurs positives de la personne humaine les nouveaux défis que nous lance la nouvelle culture. Pour vous, il s’agit d’offrir à vos dirigeants et à votre personnel une formation permanente sur l’anthropologie de l’enfant, parce que c’est là que se fondent les droits et les devoirs. De cette anthropologie dépend la conception des projets éducatifs, qui évidemment doivent continuer à progresser, à mûrir et à s’adapter aux signes des temps, en respectant toujours l’identité humaine et la liberté de conscience.

Merci encore. Je vous souhaite un bon travail.

Il me revient en mémoire le logo qu’avait à Buenos Aires la Commission pour la protection de l’enfance et de l’adolescence, et que Norberto connaît très bien. Le logo de la Sainte Famille sur un âne, fuyant l’Égypte pour défendre le petit Enfant. Parfois, pour défendre, il est nécessaire de fuir ; parfois, il est nécessaire de s’arrêter pour protéger ; et parfois, il est nécessaire de combattre. Mais il faut toujours avoir de la tendresse.

Merci pour ce que vous faites !

jeudi

Catéchèse du pape François sur le sacrement du mariage




Catéchèse du pape François sur le sacrement du mariage

Chers frères et sœurs, bonjour.

Aujourd’hui nous concluons le cycle de catéchèses sur les Sacrements par le sacrement du mariage. Ce sacrement nous conduit au cœur du dessein de Dieu, qui est un dessein d’alliance avec son peuple, avec nous tous, un dessein de communion. Au début du livre de la Genèse, le premier livre de la Bible, il est dit pour couronner le récit: « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme… À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. » (Gn 1,27; 2,24). L’image de Dieu est un couple marié: l’homme et la femme; pas seulement l’homme, pas seulement la femme. Mais tous les deux. C’est l’image de Dieu : l’amour, l’alliance de Dieu avec nous est représentée dans cette alliance entre l’homme et la femme. Et ceci est très beau ! Nous sommes créés pour aimer, comme reflet de Dieu et de son amour. Et dans l’union conjugale l’homme et la femme réalisent cette vocation sous le signe de la réciprocité et d’une communion de vie pleine et définitive.

1. Quand un homme et une femme célèbrent le sacrement du mariage, Dieu, pour ainsi dire, se « reflète » en eux, imprime en eux ses propres traits et le caractère indélébile de son amour. Le mariage est l’icône de l’amour de Dieu pour nous. En effet, Dieu est lui aussi communion : les trois Personnes du Père, du Fils et du Saint Esprit vivent depuis toujours et pour toujours dans une parfaite unité. Voilà le mystère du mariage : Dieu fait des deux époux une seule existence. La Bible utilise une expression forte et dit « une seule chair », tant est intime l’union entre l’homme et la femme dans le mariage. C’est bien cela le mystère du mariage: l’amour de Dieu qui se reflète dans le couple qui décide de vivre ensemble. C’est la raison pour laquelle l’homme quitte sa maison, la maison de ses parents et part vivre avec son épouse, s’unit si fortement à elle que les deux – dit la Bible – une seule chair.

Mais vous, les époux, êtes-vous conscients du grand cadeau que le Seigneur vous a fait ? Le vrai « cadeau de mariage », c’est cela ! Votre union porte le reflet de la Sainte Trinité, et avec la grâce du Christ vous êtes une icône vivante et crédible de Dieu et de son amour.

2. Saint Paul dans sa Lettre aux Éphésiens, met en avant le fait que dans les Epoux se reflète un grand mystère: le rapport instauré par le Christ avec l’Eglise, un rapport nuptial (cf. Ef 5,21-33). L’Eglise est l’épouse du Christ. Voilà ce rapport. Cela signifie que le mariage répond à une vocation spécifique et doit être vu comme une consécration (cf. Gaudium et spes, 48; Familiaris consortio, 56). C’est une consécration : l’homme et la femme sont consacrés dans leur amour. Les époux, en effet, par la force du sacrement, sont investis d’une vraie mission. Ils doivent rendre visible, à partir des choses simples, ordinaires, l’amour avec lequel le Christ aime son Eglise, continuant à donner leur vie pour Elle, dans la fidélité et le service.

3. Ce projet né au sein du sacrement du mariage est vraiment magnifique ! Et il se réalise dans la simplicité mais aussi dans la fragilité de la condition humaine ! Nous savons bien que la vie des époux connait tant de difficultés et d’épreuves … L’important est d’entretenir la flamme de ce lien avec Dieu qui est à la base de l’union conjugale. Et le vrai lien est toujours avec le Seigneur. Quand la famille prie, ce lien tient bon. Quand l’époux prie pour l’épouse et l’épouse prie pour l’époux, ce lien devient fort; l’un prie pour l’autre. C’est vrai que dans la vie matrimoniale il y a beaucoup de difficultés, beaucoup; que le travail, que l’argent ne suffit pas, que les enfants ont des problèmes. Tant de difficultés. Et souvent le mari et la femme deviennent un peu nerveux et se disputent. Ils se disputent, c’est comme ça, on se dispute toujours dans le mariage, et il arrive parfois aussi que les assiettes se mettent à voler. Mais cela ne doit pas nous attrister car la condition humaine est faite comme ça. Et le secret c’est que l’amour est plus fort que le moment où l’on se dispute, c’est pourquoi je conseille toujours aux époux: lorsque vous vous disputez, ne finissez pas la journée sans faire la paix. Toujours! Et pour faire la paix pas la peine d’appeler les Nations Unies pour qu’elles viennent chez nous faire la paix. Un petit geste suffit, une caresse, et ciao ! A demain ! Et demain on recommence. C’est cela la vie, avancer comme ça, avec courage et vouloir la vivre ensemble. Et cela est grand, c’est beau! La vie matrimoniale est une très belle chose et nous devons toujours veiller sur elle, veiller sur les enfants.

D’autres fois j’ai dit sur cette place une chose qui aide beaucoup la vie matrimoniale. Trois mots que l’on doit toujours dire, trois mots qu’il doit toujours y avoir à la maison : est-ce que je peux ?, merci, excuse-moi. Les trois mots magiques. Est-ce que je peux ?  Pour ne pas être envahissant dans les vie des époux. Est-ce que je peux ? Que penses-tu de cela ? Puis-je, permets-moi. Merci: remercier son conjoint; merci pour ce que tu as fait pour moi, merci pour ci ou pour ça. Rendre grâce, que c’est beau ! Et comme nous nous trompons tous, il y a un autre mot un peu difficile à dire mais qu’il faut dire: excuse-moi. Est-ce que je peux ?, merci et excuse-moi. Avec ces trois mots, avec la prière de l’époux pour l’épouse et vice-versa, en faisant toujours la paix avant la fin de la journée, le mariage continuera. La prière, les trois mots magiques et toujours faire la paix ! Que le Seigneur vous bénisse et priez pour moi.

Le mariage chrétien - Emission KTO


Dire "oui" pour toujours ? C'est possible !
Rencontre avec les fiancés pour la Saint-Valentin
 Rome, 14 février 2014

A une époque où « faire des choix pour toute la vie semble impossible », le pape livre des recommandations pour que le « oui » et l'amour des mariés « soit stable et pour toujours ».

Le pape François a rencontré quelque 25.000 fiancés qui se préparent au mariage, en provenance du monde entier, ce vendredi 14 février 2014, place Saint-Pierre, pour la Saint-Valentin.

Au cours de la rencontre, organisée par le Conseil pontifical pour la famille, le pape a dialogué avec trois couples de fiancés. Voici notre traduction intégrale de ce dialogue :

Dialogue entre le pape et les fiancés

Première question : La peur de ce « pour toujours »

[Q. Sainteté, nombreux sont ceux qui pensent, aujourd’hui, que se promettre fidélité pour toute la vie est une entreprise trop difficile ; beaucoup pensent que vivre ensemble est un beau défi, fascinant, mais trop exigeant, presque impossible. Nous vous demandons une parole pour nous éclairer sur ce point.]

Pape François - Je vous remercie pour votre témoignage et pour cette question. Je vais vous expliquer : ils m’ont envoyé leurs questions à l’avance… C’est compréhensible… Et comme cela, j’ai pu réfléchir et penser à une réponse un peu plus solide.

C’est important de se demander s’il est possible de s’aimer « pour toujours ». C’est une question qu’il faut se poser : est-il possible de s’aimer « pour toujours » ? Aujourd’hui, beaucoup de personnes ont peur de faire des choix définitifs. Un garçon disait à son évêque : « Je veux être prêtre, mais seulement pour dix ans ». Il avait peur de faire un choix définitif. Mais c’est une peur généralisée, propre à notre culture. Faire des choix pour toute la vie semble impossible. Aujourd’hui, tout change rapidement, rien ne dure longtemps… Et cette mentalité pousse beaucoup de ceux qui se préparent au mariage à dire : « On reste ensemble tant que dure l’amour », et ensuite ? Salut et à bientôt… Et le mariage se termine comme cela. Mais qu’est-ce que nous entendons par « amour » ? Seulement un sentiment, un état psycho-physique ? Bien sûr, si c’est cela, on ne peut pas se construire sur quelque chose de solide. Mais si, en fait, l’amour est une relation, alors c’est une réalité qui grandit, et nous pouvons dire, par analogie, qu’elle se construit comme une maison. Et on construit la maison ensemble, pas tout seul ! Construire, ici, signifie favoriser et aider la croissance.

Chers fiancés, vous êtes en train de vous préparer à grandir ensemble, à construire cette maison, pour vivre ensemble pour toujours. Vous ne voulez pas la fonder sur le sable des sentiments qui vont et viennent, mais sur le roc de l’amour vrai, l’amour qui vient de Dieu. La famille naît de ce projet d’amour qui veut grandir comme on construit une maison pour qu’elle soit un lieu d’affection, d’aide, d’espérance, de soutien. De même que l’amour de Dieu est stable et pour toujours, ainsi nous voulons aussi que l’amour qui fonde la famille soit stable et pour toujours. S’il vous plaît, nous ne devons pas nous laisser vaincre par « la culture du provisoire » ! Cette culture qui, aujourd’hui, nous envahit tous, cette culture du provisoire. Ce n’est pas possible !

Alors, comment peut-on soigner cette peur du « pour toujours » ? On la soigne jour après jour, en se confiant au Seigneur Jésus dans une vie qui devient un chemin spirituel quotidien, fait de pas – des petits pas, des pas de croissance commune –, fait d’engagement à devenir des femmes et des hommes murs dans la foi. Parce que, chers fiancés, ce « pour toujours » n’est pas simplement une question de durée ! Un mariage n’est pas réussi seulement s’il dure, mais c’est sa qualité qui est importante. Le défi des époux chrétiens est d’être ensemble et de savoir s’aimer pour toujours. Il me vient à l’esprit le miracle de la multiplication des pains ; pour vous aussi, le Seigneur peut multiplier votre amour et vous le rendre frais et bon chaque jour. Il en a une réserve infinie ! C’est lui qui vous donne l’amour qui est le fondement de votre union et il le renouvelle, il le fortifie chaque jour. Et il le rend encore plus grand lorsque la famille s’agrandit avec les enfants. Sur ce chemin, la prière est importante, elle est nécessaire, toujours. Lui pour elle, elle pour lui et tous les deux ensemble. Demandez à Jésus de multiplier votre amour. Dans la prière du Notre Père, nous disons : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Les époux peuvent apprendre aussi à prier ainsi : « Seigneur, donne-nous aujourd’hui notre amour de ce jour », parce que l’amour quotidien des époux est le pain, le vrai pain de l’âme, celui qui les soutient pour qu’ils puissent avancer. Et la prière : pouvons-nous faire un essai pour voir si nous la savons ? « Seigneur, donne-nous aujourd’hui notre amour de ce jour ». Tous ensemble ! [les fiancés : Seigneur, donne-nous aujourd’hui notre amour de ce jour]. Encore une fois ! [les fiancés : Seigneur, donne-nous aujourd’hui notre amour de ce jour]. Voilà la prière des fiancés et des époux. Apprends-nous à nous aimer, à nous aimer vraiment ! Plus vous vous confierez en Lui, plus votre amour sera « pour toujours », capable de se renouveler, et il vaincra toute difficulté. Voilà ce que je voulais vous dire, en réponse à votre question. Merci !

Deuxième question : Vivre ensemble : le mariage, un « style de vie »

[Q – Sainteté, c’est beau de vivre ensemble tous les jours, cela donne de la joie, c’est un soutien. Mais c’est un défi à relever. Nous croyons qu’aimer s’apprend. Il y a un « style de vie » du couple, une spiritualité du quotidien, que nous voulons apprendre. Saint-Père, pouvez-vous nous y aider ?]

Pape François - Vivre ensemble est un art, un cheminement patient, beau et fascinant. Cela ne se termine pas une fois que vous vous êtes conquis l’un l’autre… Au contraire, c’est justement à ce moment que ça commence ! Ce cheminement de chaque jour a des règles que l’on peut résumer dans ces trois mots que tu as dits, des mots que j’ai répétés souvent aux familles : « S'il ta plaît / tu permets ? » - ou « je peux ? », comme tu as dit, « merci », et « pardon ».

« Je peux ? – Tu permets ? ». C’est une façon gentille de demander d’entrer dans la vie de quelqu’un d’autre, avec respect et attention. Il faut apprendre à demander : je peux faire cela ? Tu aimes bien que nous fassions cela ? que nous prenions cette initiative, que nous éduquions nos enfants comme cela ? Tu veux que nous sortions ce soir ?... En somme, demander la permission signifie savoir entrer avec courtoisie dans la vie des autres. Mais écoutez bien : savoir entrer avec courtoisie dans la vie des autres. Et ce n’est pas facile, ce n’est pas facile. Parfois, au contraire, on a des manières un peu lourdes, comme avec des chaussures de montagne ! L’amour vrai ne s’impose pas par la dureté et l’agressivité. Dans les Fioretti de saint François, on trouve cette expression : « Sache que la courtoisie est une des propriétés de Dieu… et la courtoisie est la sœur de la charité, qui éteint la haine et conserve l’amour » (Chap. 37). Oui, la courtoisie conserve l’amour. Et aujourd’hui, dans nos familles, dans notre monde, souvent violent et arrogant, il faut beaucoup plus de courtoisie. Et cela peut commencer à la maison.

« Merci ». Il semble que ce soit facile de prononcer ce mot, mais nous savons que ce n’est pas le cas… Pourtant, c’est important ! Nous l’enseignons aux enfants, mais ensuite, nous l’oublions ! La gratitude est un sentiment important ! Une fois, à Buenos Aires, une personne âgée m’a dit : « La gratitude est une fleur qui pousse sur une terre noble ». La noblesse d’âme est nécessaire pour que pousse cette fleur. Vous vous souvenez de l’Évangile de Luc ? Jésus guérit dix malades de la lèpre, et ensuite un seul revient dire merci à Jésus. Et le Seigneur dit : « et les neuf autres, où sont-ils ? Cela vaut pour nous aussi : savons-nous remercier ? Dans votre relation, et demain dans la vie de mariage, il est important de garder une conscience vive que l’autre personne est un don de Dieu et on dit merci pour les cadeaux de Dieu ! Se dire merci, réciproquement, pour tout, dans cette attitude intérieure. Ce n’est pas un mot gentil qu’on utilise avec les étrangers, pour être bien-élevé. Il faut savoir se dire merci, pour avancer ensemble dans la vie matrimoniale.

Le troisième : « Pardon ». Dans la vie, nous nous trompons souvent, nous faisons tant d’erreurs. Nous en faisons tous. Mais peut-être qu’ici, il y a des personnes qui n’ont jamais fait d’erreur ? S’il y a quelqu’un, ici, qu’il lève la main ! Il y a quelqu’un qui n’a jamais fait d’erreur ? Nous en faisons tous, tous. Il n’y a peut-être pas une journée sans que nous ne fassions des erreurs. La Bible dit que le plus juste pèche sept fois par jour. Et donc nous faisons des erreurs… D’où la nécessité d’utiliser ce mot simple : « pardon ». En général, chacun de nous est prêt à accuser l’autre et à se justifier. Cela a commencé avec notre père Adam, quand Dieu lui a demandé : « Adam, tu as mangé de ce fruit ? ». « Moi ? non ! C’est celle que tu m’as donnée ! ». Accuser l’autre pour ne pas dire « pardon », « excuse-moi ». C’est une vieille histoire ! C’est un instinct qui est à la source de tant de désastres. Apprenons à reconnaître nos erreurs et à demander pardon. « Pardon si, aujourd’hui, j’ai haussé le ton », « pardon si je suis passé sans te saluer », « pardon si je suis rentré tard », « si cette semaine, j’ai été si silencieux », « si j’ai trop parlé sans jamais écouter », « pardon, j’ai oublié », « pardon, j’étais en colère et je m’en suis pris à toi »… Tous ces « pardons », nous pouvons les dire tous les jours. C’est aussi de cette façon que grandit une famille chrétienne. Nous savons tous que la famille parfaite n’existe pas, ni le mari parfait, ni la femme parfaite. Sans parler de la belle-mère parfaite ! Nous existons et nous sommes pécheurs. Jésus, qui nous connaît bien, nous enseigne un secret : ne jamais terminer la journée sans se demander pardon, sans que la paix ne soit revenue dans votre maison, dans votre famille. C’est normal de se disputer entre époux, il y a toujours quelque chose, on s’est disputé… Peut-être que vous vous êtes mis en colère, peut-être qu’une assiette a volé, mais s’il vous plaît, rappelez-vous ceci : ne jamais finir la journée sans faire la paix ! Jamais, jamais, jamais ! C’est un secret, un secret pour conserver l’amour et pour faire la paix. Ce n’est pas nécessaire de faire de grands discours… Parfois, un simple geste et… la paix est faite. Ne jamais terminer… parce que si tu termines la journée sans faire la paix, ce que tu as au fond de toi, le lendemain, c’est froid et dur et c’est plus difficile de faire la paix. Souvenez-vous bien de cela : ne jamais finir la journée sans faire la paix ! Si nous apprenons à nous demander pardon et à nous pardonner mutuellement, le mariage durera, il avancera. Lorsque des couples mariés depuis longtemps viennent aux audiences, ou à la messe ici à Sainte-Marthe, des couples qui fêtent leur cinquantième anniversaire, je leur demande : « Qui a supporté qui ? ». C’est beau ! Ils se regardent tous, ils me regardent et ils me disent « Tous les deux ! ». Et ça, c’est beau ! C’est un beau témoignage.

Question 3 : Le style de la célébration du mariage

[Q – Sainteté, ces mois-ci, nous sommes dans tous les préparatifs de notre mariage. Pouvez-vous nous donner quelques conseils pour bien célébrer notre mariage ?]

Faites en sorte que ce soit une véritable fête – parce que le mariage est une fête – une fête chrétienne, pas une fête mondaine ! La raison la plus profonde de la joie de ce jour nous est donnée par l’Évangile de Jean : vous vous souvenez du miracle des noces de Cana ? À un moment, le vin vient à manquer et la fête semble gâchée. Vous imaginez de finir la fête en buvant du thé ? Non, ce n’est pas possible ! Sans vin, ce n’est pas une fête ! Sur la suggestion de Marie, à ce moment-là, Jésus se révèle pour la première fois et il donne un signe : il transforme l’eau en vin et, en faisant cela, il sauve la fête des noces. Ce qui s’est passé à Cana il y a deux mille ans se reproduit en réalité à chaque mariage : ce qui rendra votre mariage plein et profondément vrai sera la présence du Seigneur qui se révèle et qui donne sa grâce. C’est sa présence qui offre le « bon vin », c’est lui le secret de la joie pleine, celle qui réchauffe vraiment le cœur. C’est la présence de Jésus à cette fête. Que ce soit une belle fête, mais avec Jésus ! Pas dans l’esprit du monde, non ! On le sent, quand le Seigneur est là.

Mais en même temps, c’est bien que votre mariage soit sobre et mette en relief ce qui est vraiment important. Certaines personnes se préoccupent davantage des signes extérieurs, du banquet, des photos, des vêtements et des fleurs… Ce sont des choses importantes dans une fête, mais seulement si elles sont capables d’indiquer le véritable motif de votre joie : la bénédiction de votre amour par le Seigneur. Faites en sorte que, comme le vin de Cana, les signes extérieurs de votre fête révèlent la présence du Seigneur et rappellent à vous-mêmes et à tous la source et le motif de votre joie.

Mais tu as dit quelque chose que je veux saisir au vol, parce que je ne veux pas le laisser passer. Le mariage est aussi un travail de tous les jours, je pourrais dire un travail artisanal, un travail de joaillerie, parce le mari a la tâche de rendre son épouse plus femme et la femme a celle de rendre son mari plus homme. Grandir aussi en humanité, comme homme et comme femme. Et c’est entre vous que cela se fait. C’est ce qui s’appelle grandir ensemble. Cela ne tombe pas du ciel ! Le Seigneur le bénit, mais cela vient de nos mains, de vos comportements, de votre mode de vie, de votre manière de vous aimer. Nous faire grandir ! Faire toujours en sorte que l’autre grandisse. Travailler à cela. Et comme cela, je ne sais pas, je pense à toi : un jour tu seras dans ton pays, dans la rue et les gens diront : « Regarde, quelle belle femme, comme elle est forte !... Avec le mari qu’elle a, c’est compréhensible ! » Et aussi, à toi : « Regarde celui-là, comment il est !... Avec la femme qu’il a, c’est compréhensible ! ». C’est cela, parvenir à cela : nous faire grandir ensemble, l’un l’autre. Et vos enfants hériteront de cela, d’avoir eu un papa et une maman qui ont grandi ensemble, se rendant mutuellement davantage homme et femme !

L'Église de France reconnaît des dérives sectaires en son sein


Par Jean-Marie Guénois

Le président de l'épiscopat Mgr Pontier, répond à une quarantaine de victimes d'abus sexuels et spirituels et met en cause quatorze «communautés nouvelles».

L'Église catholique, comme toute institution, n'aime pas reconnaître publiquement des scandales internes. C'est pourtant ce que vient de faire le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, en répondant officiellement à un groupe d'une quarantaine de «victimes de dérives sectaires au sein de différents mouvements d'Église et congrégations religieuses» qui avaient adressé aux évêques réunis en assemblée plénière la semaine dernière à Lourdes un «appel» pour dénoncer des «dégâts» humains dont ils ont été victimes dans le cadre des communautés dites «nouvelles» et dont les effets décrits peuvent aller de la «dépression», au «suicide» ou la «destruction de personnalités».

La nouveauté de cette affaire ne réside pas tant dans la dénonciation d'abus sexuels que quelques-uns des plaignants ont subis mais dans celle d'«abus spirituel», un concept encore peu usité. Le fondateur, ou le supérieur, utilise son aura et son pouvoir spirituel sur des personnalités souvent jeunes et fragiles, pour enfermer leur liberté dans une dépendance totale afin d'obtenir d'elles le silence absolu couvrant d'éventuels abus sexuels ou autres abus de pouvoir.



La seconde originalité tient au fait que c'est la première fois que sont mises ainsi officiellement en cause quatorze «communautés nouvelles» qui ont été et continuent d'être, en France notamment, les symboles de la «nouvelle évangélisation». Elle représente une floraison d'initiatives pastorales, souvent d'inspiration charismatique mais pas toujours, qui a comme réveillé le paysage catholique français ces trente dernières années et qui en fournit toujours la majeure partie des forces vives.

Sur les quatorze noms de communautés cités par les victimes, seuls cinq à ce jour ont été l'objet de procès canoniques ou de révélations publiques, objectifs et indiscutables: les Béatitudes (suspension du fondateur, Frère Ephraïm en 2008), la Légion du Christ (suspension du fondateur, le père Maciel, en 2006), Points-Cœur (condamnation canonique du fondateur père Thierry de Roucy en 2011), la Communauté Saint-Jean (accusations officiellement reconnues en mai 2013 par l'ordre contre le fondateur le père Philippe, décédé), les anciens collaborateurs du père Labaky (interdiction canonique de célébration en juin 2013).

Dans sa lettre, Mgr Pontier évite donc le risque d'amalgame que cette démarche collective contiendrait si l'on réduisait le dynamisme de ces communautés nouvelles aux graves fautes de quelques individus, fussent-ils des fondateurs, mais il souligne la question centrale de la «liberté spirituelle». En clair: la manipulation des consciences. «L'Évangile du Christ que nous voulons servir, rétorque-t-il, est une école de liberté spirituelle.»

Au nom «de tous les évêques», il reconnaît que des «pratiques» contraires à ce respect des consciences «nous heurtent et nous choquent». Il rappelle que par le passé les évêques «ont alerté les fidèles mais aussi les familles sur le danger de certains groupes» et qu'ils ont «interpellé des responsables» mais que «bien souvent» ils n'avaient alors reçu que «méfiance et silence» pour réponse.

Le président des évêques s'engage donc, auprès des victimes, à les aider dans leur «reconstruction» en demandant à tous les évêques de prêter à ces situations une «oreille attentive et compréhensive» - le service compétent de l'épiscopat a été de fait réformé en ce sens mercredi - et appelle les victimes «lorsqu'il y a matière» à «porter plainte».

L'un des signataires de l'appel ne tient pas à se mettre en avant puisque les signataires forment un collectif mais son autorité morale reconnue a joué un rôle décisif dans cette prise en compte épiscopale. Il s'agit d'Yves Hamant, professeur d'université émérite, spécialiste de la civilisation russe qui fut l'un des proches de Soljenitsyne. Sa famille a été concernée par les agissements du père Thierry de Roucy, fondateur du réseau Points-Cœur (qui envoie des jeunes dans les pires banlieues du monde pour un «ministère de compassion» avec les plus pauvres). Ce religieux a été condamné le 21 juin 2011, par le tribunal ecclésiastique de Lyon pour «abus sexuel», «abus de pouvoir» et «absolution de la victime» - en l'occurrence, son adjoint, un prêtre majeur qui a subi sept années d'emprise et a fini par s'opposer.

Si Yves Hamant a décidé d'agir, ce n'est pas «pour nuire à l'Église mais pour avertir et protéger les jeunes, dénoncer la manipulation des consciences et que les fruits portés par ces œuvres ne justifient plus l'omerta imposée dans les communautés, car ce sont des vies entières qui sont détruites en silence.» Il demande aussi le respect du droit canonique «séparant le for interne et le for externe» pour la liberté des consciences. En un mot que les supérieurs des communautés n'en soient plus, aussi, les confesseurs.