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Jeanne d’Arc co-patronne de la France (avec Marie et Ste Thérèse)

Je voudrais aujourd'hui vous parler de Jeanne d'Arc, une jeune sainte de la fin du Moyen-âge, morte à 19 ans, en 1431. Cette sainte française, citée à plusieurs reprises dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, est particulièrement proche de sainte Catherine de Sienne, patronne d'Italie et de l'Europe, dont j'ai parlé dans une récente catéchèse. Ce sont en effet deux jeunes femmes du peuple, laïques et consacrées dans la virginité; deux mystiques engagées non dans le cloître, mais au milieu de la réalité la plus dramatique de l'Eglise et du monde de leur temps. Ce sont peut-être les figures les plus caractéristiques de ces «femmes fortes» qui, à la fin du Moyen-âge, portèrent sans peur la grande lumière de l'Evangile dans les complexes événements de l'histoire. Nous pourrions les rapprocher des saintes femmes qui restèrent sur le Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l'avait renié trois fois. 

L'Eglise, à cette époque, vivait la crise profonde du grand schisme d'Occident, qui dura près de 40 ans. Lorsque Catherine de Sienne meurt, en 1380, il y a un Pape et un Antipape; quand Jeanne naît en 1412, il y a un Pape et deux Antipapes. Avec ce déchirement à l’intérieur de l'Eglise, des guerres fratricides continuelles divisaient les peuples chrétiens d'Europe, la plus dramatique d'entre elles ayant été l'interminable «Guerre de cent ans» entre la France et l'Angleterre.

Brève vie de Sainte Jeanne d'Arc

Jeanne d'Arc ne savait ni lire ni écrire, mais elle peut être connue dans la profondeur de son âme grâce à deux sources d'une valeur historique exceptionnelle: les deux Procès qui la concernent. Le premier, le Procès de condamnation (PCon), contient la transcription des longs et nombreux interrogatoires de Jeanne durant les derniers mois de sa vie (février-mai 1431), et reporte les paroles mêmes de la sainte. Le second, le Procès en nullité de la condamnation, ou de «réhabilitation» (PNul), contient les dépositions d'environ 120 témoins oculaires de toutes les périodes de sa vie (cf. Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, 3 vol. et Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc, 5 vol., ed. Klincksieck, Paris 1960-1989).

Jeanne naît à Domremy, un petit village à la frontière entre la France et la Lorraine. Ses parents sont des paysans aisés, connus de tous comme d'excellents chrétiens. Elle reçoit d'eux une bonne éducation religieuse, avec une influence importante de la spiritualité du Nom de Jésus, enseignée par saint Bernardin de Sienne et répandue en Europe par les franciscains. Au Nom de Jésus est toujours uni le Nom de Marie et ainsi, sur un fond de religiosité populaire, la spiritualité de Jeanne est profondément christocentrique et mariale. Depuis l'enfance, elle démontre une grande charité et compassion envers les plus pauvres, les malades et tous les souffrants, dans le contexte dramatique de la guerre.

De ses propres paroles nous apprenons que la vie religieuse de Jeanne mûrit comme expérience mystique à partir de l'âge de 13 ans (PCon, I, p. 47-48). A travers la «voix» de l'archange saint Michel, Jeanne se sent appelée par le Seigneur à intensifier sa vie chrétienne ainsi qu'à s'engager personnellement pour la libération de son peuple. Sa réponse immédiate, son «oui», est le vœu de virginité, avec un nouvel engagement dans la vie sacramentelle et dans la prière: participation quotidienne à la Messe, confession et communion fréquentes, longs temps de prière silencieuse devant le Crucifix ou l'image de la Vierge. La compassion et l'engagement de la jeune paysanne française face à la souffrance de son peuple sont encore renforcés par son rapport mystique avec Dieu. L'un des aspects les plus originaux de la sainteté de cette jeune fille est précisément ce lien entre l'expérience mystique et la mission politique. Après les années de vie cachée et de maturation intérieure s'ensuivent deux brèves, mais intenses années de sa vie publique: une année d'action et une année de passion.
Blason de Jeanne d'Arc


Au début de l'année 1429, Jeanne entame son œuvre de libération. Les nombreux témoignages nous montrent cette jeune femme de 17 ans seulement, comme une personne très forte et décidée, capable de convaincre des hommes incertains et découragés. Surmontant tous les obstacles, elle rencontre le Dauphin de France, le futur roi Charles VII, qui à Poitiers la soumet à un examen mené par plusieurs théologiens de l'université. Leur avis est positif: en elle, ils ne voient rien de mal, seulement une bonne chrétienne.


Le 22 mars 1429, Jeanne dicte une importante lettre au roi d'Angleterre et à ses hommes qui assiègent la ville d'Orléans (ibid., p. 221-222). Sa proposition est une véritable paix dans la justice entre les deux peuples chrétiens, à la lumière des noms de Jésus et de Marie, mais elle est rejetée, et Jeanne doit s'engager dans la lutte pour la libération de la ville, qui advient le 8 mai. L'autre moment culminant de son action politique est le couronnement du roi Charles VII à Reims, le 17 juillet 1429. Pendant toute une année, Jeanne vit avec les soldats, accomplissant au milieu d'eux une vraie mission d'évangélisation. Nombreux sont leurs témoignages sur sa bonté, son courage et son extraordinaire pureté. Elle est appelée par tous et elle-même se définit comme «la pucelle», c’est-à-dire la vierge.

La passion de Jeanne débute le 23 mai 1430, lorsqu'elle tombe prisonnière entre les mains de ses ennemis. Le 23 décembre, elle est conduite dans la ville de Rouen. C'est là que se déroule le long et dramatique Procès de condamnation, qui commence en février 1431 et finit le 30 mai avec le bûcher. C'est un grand procès solennel, présidé par deux juges ecclésiastiques, l'évêque Pierre Cauchon et l'inquisiteur Jean le Maistre, mais en réalité il est entièrement guidé par un groupe nombreux de théologiens de la célèbre université de Paris, qui participent au procès comme assesseurs. Ce sont des ecclésiastiques français qui, ayant fait un choix politique opposé à celui de Jeanne, ont a priori un jugement négatif sur sa personne et sur sa mission. Ce procès est une page bouleversante de l’histoire de la sainteté et également une page éclairante sur le mystère de l’Eglise, qui, selon les paroles du Concile Vatican II, est «à la fois sainte et appelée à se purifier» (LG, n. 8). C’est la rencontre dramatique entre cette sainte et ses juges, qui sont des ecclésiastiques. Jeanne est accusée et jugée par eux, jusqu’à être condamnée comme hérétique et envoyée à la mort terrible sur le bûcher. A la différence des saints théologiens qui avaient illuminé l’université de Paris, comme saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin et le bienheureux Duns Scot, dont j’ai parlé dans plusieurs catéchèses, ces juges sont des théologiens auxquels manquent la charité et l’humilité pour voir chez cette jeune l’action de Dieu. Les paroles de Jésus viennent à l’esprit, selon lesquelles les mystères de Dieu sont révélés à qui possède le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc 10, 21). Ainsi, les juges de Jeanne sont radicalement incapables de la comprendre, de voir la beauté de son âme: ils ne savaient pas qu’ils condamnaient une sainte.

L’appel de Jeanne au jugement du Pape, le 24 mai, est rejeté par le tribunal. Le matin du 30 mai, elle reçoit pour la dernière fois la Communion en prison, et est immédiatement conduite au supplice sur la place du vieux marché. Elle demande à l’un de ses prêtres de tenir devant le bûcher une croix de procession. C’est
ainsi qu’elle meurt en regardant Jésus Crucifié et en prononçant plusieurs fois et à haute voix le Nom de Jésus (PNul, I, p. 457; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 435). Environ vingt-cinq ans plus tard, le Procès de nullité, ouvert sous l’autorité du Pape Calixte III, se conclut par une sentence solennelle qui déclare nulle sa condamnation (7 juillet 1456; PNul, II p. 604-610). Ce long procès, qui recueillit les dépositions des témoins et les jugements de nombreux théologiens, tous favorables à Jeanne, met en lumière son innocence et sa parfaite fidélité à l’Eglise. Jeanne d’Arc sera ensuite canonisée par Benoît XV en 1920.

La Passion de Jeanne d'Arc
Film historique basé sur le procès de Jeanne

Chers frères et sœurs, le Nom de Jésus invoqué par notre sainte jusqu’aux derniers instants de sa vie terrestre, était comme le souffle incessant de son âme, comme le battement de son cœur, le centre de toute sa vie. Le «Mystère de la charité de Jeanne d’Arc», qui avait tant fasciné le poète Charles Péguy, est cet amour total pour Jésus, et pour son prochain en Jésus et pour Jésus. Cette sainte avait compris que l’Amour embrasse toute la réalité de Dieu et de l’homme, du ciel et de la terre, de l’Eglise et du monde. Jésus est toujours à la première place dans sa vie, selon sa belle expression: «Notre Seigneur premier servi» (PCon, I, p. 228; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 223). L’aimer signifie toujours obéir à sa volonté. Elle affirme avec une totale confiance et abandon: «Je m’en remets à Dieu mon créateur, je l’aime de tout mon cœur» (ibid., p. 337). Avec le vœu de virginité, Jeanne consacre de manière exclusive toute sa personne à l’unique Amour de Jésus: c’est «la promesse qu’elle a faite à Notre Seigneur de bien garder sa virginité de corps et d’âme» (ibid., p. 149-150). La virginité de l’âme est l’état de grâce, valeur suprême, pour elle plus précieuse que la vie: c’est un don de Dieu qui doit être reçu et conservé avec humilité et confiance. L’un des textes les plus connus du premier Procès concerne précisément cela: «Interrogée si elle sait d’être en la grâce de Dieu, elle répond: “Si je n’y suis, Dieu m’y veuille mettre; et si j’y suis, Dieu m’y veuille tenir”» (ibid., p. 62; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2005).

Notre sainte vit la prière sous la forme d’un dialogue permanent avec le Seigneur, qui illumine également son dialogue avec les juges et lui apporte la paix et la sécurité. Elle demande avec confiance: «Très doux Dieu, en l’honneur de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous m’aimez, que vous me révélez comment je dois répondre à ces gens d’Eglise» (ibid., p. 252). Jésus est contemplé par Jeanne comme le «Roi du Ciel et de la Terre». Ainsi, sur son étendard, Jeanne fait peindre l’image de «Notre Seigneur tenant le monde» (ibid., p. 172): icône de sa mission politique. La libération de son peuple est une œuvre de justice humaine, que Jeanne accomplit dans la charité, par amour de Jésus. Elle est un bel exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique, en particulier dans les situations les plus difficiles. La foi est la lumière qui guide chaque choix, comme témoignera, un siècle plus tard, un autre grand saint, l’anglais Thomas More. En Jésus, Jeanne contemple également toute la réalité de l’Eglise, l’«Eglise triomphante» du Ciel, comme l’«Eglise militante» de la terre. Selon ses paroles, «c’est tout un de Notre Seigneur et de l’Eglise» (ibid., p. 166). Cette affirmation, citée dans le Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 795), possède un caractère vraiment héroïque dans le contexte du Procès de condamnation, face à ses juges, hommes d’Eglise, qui la persécutèrent et la condamnèrent. Dans l’Amour de Jésus, Jeanne trouve la force d’aimer l’Eglise jusqu’à la fin, même au moment de sa condamnation.

J’ai plaisir à rappeler que sainte Jeanne d’Arc a eu une profonde influence sur une jeune sainte de l’époque moderne: sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Dans une vie complètement différente, passée dans la clôture, la carmélite de Lisieux se sentait très proche de Jeanne, vivant au cœur de l’Eglise et participant aux souffrances du Christ pour le salut du monde. L’Eglise les a réunies comme patronnes de la France, après la Vierge Marie. Sainte Thérèse avait exprimé son désir de mourir comme Jeanne, en prononçant le Nom de Jésus (Manuscrit B, 3r), et elle était animée par le même grand amour envers Jésus et son prochain, vécu dans la virginité consacrée.

Chers frères et sœurs, avec son témoignage lumineux, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré de la vie chrétienne: faire de la prière le fil conducteur de nos journées; avoir pleinement confiance en accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit; vivre la charité sans favoritismes, sans limite et en puisant, comme elle, dans l’Amour de Jésus un profond amour pour l’Eglise. Merci.


Chers pèlerins francophones, que le témoignage lumineux de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France avec sainte Thérèse de Lisieux, soit un appel à aimer le Christ et à vous engager, avec foi et détermination, au service des autres dans la charité! Bon séjour à tous!

Benoît XVI

Documentaire KTO sur Sainte Jeanne d'Arc

Un message de Ste Jeanne d'Arc pour aujourd’hui

Les moines martyrs de Tibhirine

J'aimerais maintenant m'attacher à décrire le témoignage chrétien (le marturion) des sept moines de Tibhirine assassinés vers le 21 mai 1996.  Il ne s'agit pas de sept témoignages individuels, bien que chacun d'eux ait eu une personnalité bien marquée.  Il s'agit du témoignage d'une communauté.  Il est donc important de bien connaître l'enracinement de cette communauté dans la société algérienne, et pour cela il faut revenir un peu en arrière dans l'histoire.

            Une première communauté cistercienne avait existé quelques décennies auparavant à Staouëli, à 17 kilomètres à l'ouest d'Alger.  Fondée en 1843, treize ans après la conquête de l'Algérie par les Français, par l'abbaye d'Aiguebelle, elle avait acquis une certaine notoriété par son développement rapide.  Cette fondation était toutefois très liée au système colonial, dans son esprit et son mode d'implantation.  Elle fut fermée en 1904.  Une nouvelle communauté, d'un style et d'un esprit très différent fut fondée à proximité de Médéa quelque 30 ans plus tard.

            Comme beaucoup de monastères nés au 19ème siècle, ou au début du 20ème, la communauté de Notre-Dame de l'Atlas commença comme un refuge.  Un groupe de moines du monastère de Notre-Dame de la Délivrance en Slovénie, dans la crainte d'être chassés, ouvrirent un refuge à Ouled-Trift en 1934, transféré à Ben Chicao en 1935 et à Tibhirine à 7 kilomètres de Médéa en 1938.  Le refuge fut alors assumé par l'abbaye française d'Aiguebelle et transformé en véritable fondation, qui devint bientôt une communauté monastique autonome.   Dès les débuts, cette communauté établit des relations d'amitié et de collaboration avec la population locale qui, en quelque sorte, l'adopta.  Ces liens établis avec la population locale, permirent à la communauté, même si elle était composée entièrement de Français, de passer sans grandes difficultés à travers la guerre d'Algérie.  L'un d'entre eux, le frère Luc fut bien pris comme otage, mais libéré au bout de quelques jours.

            À la fin de la guerre d'Algérie, toutefois, la situation était radicalement changée.  L'Église d'Algérie, composée en très grande partie de français ou de "pieds-noirs" fut réduite à un tout petit reste, à cause de l'exode massif de ces deux groupes vers la France.  Les conversions au christianisme étaient devenues à peu près impossibles – au moins les conversions ouvertement reconnues. Un recrutement local devenant exclu, on pouvait se poser des questions sur l'opportunité de maintenir en Algérie une communauté désormais très réduite en nombre et qui ne pourrait plus se recruter sur place.  Les autorités de l'Ordre cistercien décidèrent donc la fermeture du monastère.  Mais le Cardinal Duval, ayant depuis longtemps reconnu dans la communauté de Tibhirine une réalisation de son idéal de présence chrétienne, rugit comme un lion, et le monastère ne fut pas fermé.  Cette simple présence d'une communauté monastique chrétienne, quelle que soit la nationalité de ses membres, au milieu d'un peuple musulman lui semblait d'une importance capitale.  La communauté fut maintenue et son témoignage trouva son épanouissement dans la mort de sept de ses membres en 1996.  Cette mort fut unanimement pleurée par la population locale, entièrement musulmane.

            Voyons donc un peu, maintenant, quelle fut la nature du témoignage de ces moines.  Ce fut un témoignage de communion (la réalité chrétienne par excellence, puisque "Dieu est communion", comme nous le dit saint Jean) à plusieurs niveaux.

               Communion avec Dieu dans la prière contemplative

               Communion entre frères au sein d'une communauté

               Communion de cette communauté avec ses voisins

               Communion de croyants avec d'autres croyants



Communion avec Dieu dans la prière contemplative

            Le moine vient au monastère pour y servir Dieu, en vivant aussi profondément que possible, dans le cadre du cloître, cette union personnelle avec Dieu à laquelle tout être humain est appelé.  Fils dans le Fils Premier-Né, vibrant de l'amour qui a été répandu dans son cœur par l'Esprit-Saint, il s'efforce de rencontrer le Père dans une prière qui se veut aussi continuelle que possible et qui s'exprime visiblement dans la célébration de la liturgie.  Toute sa vie tend à l'union mystique qui consiste à se laisser transformer jour après jour à l'image du Christ par l'action de l'Esprit Saint.

           
Comment chacun des sept frères a vécu au fond de son cœur cette union mystique, est le secret de Dieu.  L'un d'entre eux, cependant, doué de talents de poète et mystique dans l'âme, nous a permis d'entrevoir à travers ses écrits ce dialogue intérieur.  C'est Christophe.  Ses poèmes[7], mais surtout son Journal[8] des dernières années nous montrent comment tous les événements de chaque jour, durant ces trois années riches en drames tout autour d'eux se transformaient en prière et en jaillissement d'amour embrasé.  Ce journal est un long poème d'amour, incarné dans une situation bien concrète et dont il convient de citer au moins quelques passages:

         "Oh si mourir pouvait arrêter et empêcher la mort de tant d'autres encore, oh alors volontiers, comme on dit avec plaisir:  oui, je suis volontaire." (20/12/1994).

           "Je te demande en ce jour la grâce de devenir serviteur / et de donner ma vie / ici / en rançon pour la paix / en rançon pour la vie / Jésus attire-moi / en ta joie / d'amour crucifié." (25/07/1995)



Communion entre frères au sein d'une communauté

            Cette relation mystique avec Dieu, ces frères ne l'ont pas vécue comme des individus isolés mais comme communauté.  Leur témoignage fut un témoignage communautaire – celui d'une communauté qui comprenait, outre les sept frères qui furent mis à mort, deux autres qui échappèrent à l'enlèvement et à l'exécution, ainsi que ceux qui vivaient alors dans l'antenne de Tibhirine au Maroc.


  Il s'agissait d'une authentique communauté chrétienne : non pas la réunion de copains qui se seraient réunis à cause d'affinités entre eux ou parce qu'ils auraient partagé le mêmes idées et les mêmes projets.  Non, une communauté chrétienne est un groupe de personnes, normalement très différentes les unes des autre à tous points de vue, et que Dieu s'est réunies pour en faire le sacrement de sa présence.  Chaque membre de cette communauté avait un passé personnel et un cheminement vocationnel bien caractéristique;  chacun était une personnalité bien tranchée, aussi différents l'un de l'autre qu'on puisse imaginer.  Et pourtant ils étaient arrivés, surtout au cours des trois dernières années, non seulement à une très grande communion entre eux, mais aussi à une parfaite unanimité dans les décisions engageant leur vie – unanimité qui ne pouvait trouver sa racine que dans la profonde vie de prière de chacun d'entre eux.

 Bruno, fils de militaire ayant fait son service en Algérie;  Célestin, ancien éducateur de rue et Paul, plombier et ancien vice-préfet en Haute-Savoie  apportaient chacun à la communauté une grande richesse de don de soi et d'esprit communautaire.


Communion de cette communauté avec ses voisins

            Des liens d'amitié d'une profondeur remarquable s'étaient créés entre ces moines tout simples et la population qui les entourait.  Ces liens demeurent encore tout aussi vifs à plus de quattre années de leur mort.  Ces liens d'amitiés avec la population algérienne et musulmane constituent sans doute l'une des plus exquises expressions de leur témoignage chrétien.

            La personne qui concourut le plus à créer ces liens fut sans doute le frère Luc, dont la vie mériterait d'être écrite.  Né en 1914 , il connut encore enfant les terribles violences de la Première Guerre Mondiale et les souffrances de l'après-guerre.  Jeune médecin, il connut les violences de la Seconde Guerre Mondiale, au cours de laquelle il se porta volontaire pour soigner les prisonniers dans les camps de concentration nazis.  Entré à Aiguebelle en décembre 1941, il arrivait en Algérie en 1946.  Aussitôt, il ouvrit dans l'enceinte du monastère un dispensaire où, depuis cette date jusqu'à sa mort en 1996 – donc, durant un demi-siècle -- il soigna quiconque se présentait à lui, sans regard à la nationalité, à l'appartenance politique, à la religion.  


Tous l'aimaient et le respectaient parce que tous se savaient aimés et respectés de lui.  Au début son dispensaire suppléait à l'absence de services publiques de santé.  Si l'on continua à venir à lui longtemps après l'installation d'autres dispensaires et d'hôpitaux publics dans la région, c'est qu'on trouvait chez lui non seulement un toubib au diagnostic presque toujours exact mais aussi un homme de Dieu incarnant dans son mode d'être à la fois très humain et très surnaturel la sollicitude pastorale du Fils de Dieu. Homme d'une grande liberté intérieure, muni d'un sens de l'humour désarmant, il n'avait peur de rien ni de personne.  Aucune menace, de quelque quartier qu'elle vienne, n'aurait pu l'empêcher de témoigner jusqu'au bout, même au risque de sa vie, l'amour universel à quiconque avait besoin d'être soigné.

Frère Luc, moine médecin de Tibhirine

           

Christophe, dont j'ai déjà mentionné la dimension mystique, était aussi, puisqu'il était poète, un homme d'une grande sensibilité.  Comme il était responsable des ouvriers et avait des contacts avec la famille du gardien, en particulier, il avait des relations d'amitié très belle avec eux tous.  Son Journal des trois dernières années contient des passages d'une très grande fraîcheur





Communion de croyants avec d'autres croyants   

  Christian était, au moment de la consommation communautaire de leur témoignage, le supérieur du groupe (le prieur, comme on dit en jargon monastique).  Trajectoire toute spéciale que celle de sa vocation.  De famille de militaires, il avait passé son enfance en Algérie, où sa mère l'avait formé à un profond respect de l'Algérien.  Il était ensuite revenu en Algérie durant la guerre, comme jeune officier.  D'abord prêtre séculier du diocèse de Paris, il sentit l'appel à la vie contemplative et choisit le monastère de Notre-Dame de l'Atlas à Tibhirine.  Avec l'accord de ses supérieurs, il fit à Rome, au PISAI, des études de langue et de culture arabe.  Ayant développé une connaissance assez approfondie et un grand amour pour la religion de l'Islam, il s'impliqua et impliqua profondément sa communauté dans le dialogue inter-religieux.  Lorsqu'il fut élu prieur de sa communauté, en 1984 il guida celle-ci dans une orientation plus explicite vers ce dialogue inter-religieux, qui venait couronner les autres formes de communion déjà pratiquées.  Depuis un bon nombre d'années déjà un groupe nommé le Ribât el Salam se réunissait régulièrement au monastère.  On y priait et on y partageait son expérience religieuse.


Témoignages de voisins du monastère



            En 1993, au moment où le processus électoral était arrêté en Algérie et où le pays balançait dans une spirale de violence dont il n'a pas encore réussi à se libérer, les étrangers furent sommés de quitter le pays sous peine de se faire éliminer.  Comme beaucoup d'autres, les moines de Tibhirine eurent à se poser la question:  Faut-il rester ou faut-il partir?  Ils choisirent de rester.

            Le 14 décembre de la même année, lorsque 12 Croates chrétiens travaillant à Tamesguida, à quatre kilomètres du monastère, furent égorgés, le problème se posa de façon plus immédiate; et encore plus après la visite d'un commando armé durant la nuit de Noël.  Après un long discernement dans la prière, ils optèrent de rester.  Au cours des années suivantes, chaque fois que des missionnaires -- presque tous des amis intimes de la communauté -- étaient assassinés, la question se posait à nouveau avec plus d'acuité.  Chaque fois ils ont opté pour rester, après un sérieux discernement dans la prière.  Pourquoi?

            En Europe, certains disaient alors qu'on comprenait que des "missionnaires" demeurent pour continuer leur "apostolat", mais pas des moines qui, de toute façon, pouvaient mener leur vie de prière n'importe où ailleurs... C'était ne rien comprendre à leur vie.  La vie contemplative ne se vit pas dans l'abstrait.  Elle est toujours incarnée, enracinée dans un lieu et un contexte culturel bien concret.  Les moines de Tibhirine ne désiraient aucunement le martyre.  Ils n'étaient pas des illuminés.  S'ils optèrent de rester c'est que c'était pour eux une exigence de fidélité, et cela à beaucoup de niveau.

            Le moine cistercien fait vœu de stabilité.  Cela implique non seulement la stabilité dans la vocation monastique, mais aussi la stabilité dans une communauté bien concrète et, à moins d'une mission spéciale, dans un lieu déterminé.  Bien sûr, une communauté tout entière peut se déplacer, mais elle ne peut le faire sans tenir compte des liens qu'elle a établis avec la société et la culture locale.  La communauté de Tibhirine ne se comprenait pas sans son enracinement dans les montagnes de l'Atlas, sans ses liens d'amitié avec toute la population de Tibhirine, de Draa Esnar, de Médéa. Dans une prédication de retraite donnée à Alger quelques semaines avant l'enlèvement, Christian disait, avec une jeu de mot périlleux:  "... j'affiche cette différence : je viens de la montagne..."

            Les frères étaient conscients que la population locale était elle-même prise dans un étau entre deux violences opposées, et qu'elle n'avait pas le choix de fuir.  Pour les moines, fuir eut alors été un manque de solidarité avec ceux dont ils avaient partagé la vie dans les moments de paix. Après le martyre de Henri et Paule-Hélène, Christophe n'écrit-il pas dans son journal:  "On ne peut pas oublier et partir sans trahir ce qui reste une grâce de proximité, d'amitié de vérité." (29/05/1995). Les frères considéraient leur présence comme une affirmation du droit à la différence – droit qu'ils réclamaient pour le peuple des environs aussi bien que pour eux-mêmes.  Mohammed avait dit à Christophe: "Vous, vous avez encore une petite porte par où partir.  Pour nous:  non, pas de chemin, pas de porte."  Et Moussa avait dit à Christian : "Si vous partez, vous nous privez de votre espoir et vous nous enlevez notre espoir."  Il n'eut pas été chrétien de partir.  Ils restèrent.

            Eux aussi, comme Pierre Claverie, mais à la façon de moines contemplatifs, différente de celle d'un évêque, analysaient soigneusement la situation politique du pays, non pas pour réagir en politiciens mais pour donner à cette situation, dans leur vie, une réponse évangélique.  "La violence me tue et je dois trouver quelque part un appui pour ne pas me laisser emporter par ce flux de mort" écrivait Christophe en son Journal (11/07/1995).

            Suffit-il de dire que le moine, surtout s'il est étranger, ne doit pas choisir entre les deux forces en présence? – Voici la réponse de Christophe: "Peut-être n'est-ce pas assez de dire que nous n'avons pas à choisir entre le pouvoir et les terroristes.  En fait, nous faisons concrètement et quotidiennement le choix de ceux que Jean-Pierre appelle 'le petit peuple'.  Nous ne pouvons rester, si nous nous coupons de lui.  Cela nous fait dépendre – pour une part – de son choix à notre égard.  Nous pourrons devenir gênants demain ou plus tard." Ils devinrent effectivement gênants.

            Dans la récollection donnée à un groupe de laïcs à Alger le 8 mars 1996, Christian commentait avec force le précepte de l'Écriture : "Tu ne tueras pas", et il l'appliquait à toutes les situations du pays et terminait pas une série de phrases lapidaires:  Ne pas tuer le temps... Ne pas tuer la confiance... Ne pas tuer la mort... Ne pas tuer le pays... Ne pas tuer le musulman... Ne pas tuer l'Église...  Deux semaines plus tard, lui et ses frères étaient enlevés et deux mois plus tard ils étaient victimes de cette violence.

            Lorsque, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 un groupe d'hommes armés se présentèrent au monastère et les amenèrent en direction de Médéa, aux yeux de ceux qui ont pu les voir traverser le village encadrés d'hommes armés, ils avaient l'air de suivre des terroristes. En réalité ils suivaient le Christ.

            Aucun d'entre eux ne désirait le martyre.  Ils aimaient la vie et redoutaient la mort.  Mais ils l'avaient consciemment et explicitement acceptée si c'était la volonté de Dieu.  Dans une lettre circulaire du 21 novembre 1995 ils avaient écrit:  "La mort brutale – de l'un de nous, ou de tous à la fois – ne serait qu'une conséquence de ce choix de vie à la suite du Christ.[9]"

            S'il fallait mourir, ils voulaient le bien faire!  Le vieux frère Luc, qui avait depuis longtemps demandé qu'on chante à ses funérailles la chanson d'Edith Piaff "Non, je ne regrette rien", fit à la Prière universelle de l'Eucharistie, le 31 décembre 1994 – donc quelques jours après la visite dramatique de la nuit de Noël:  "Seigneur, fais-nous la grâce de mourir sans haine au coeur."

            L'inspiration de cette belle prière a été reprise dans le Testament de Christian – document bien connu, qui restera sans doute l'une des plus belles pages de la littérature chrétienne du 20ème siècle.  Ce texte n'exprime d'ailleurs pas seulement les sentiments de Christian, mais ceux de tous les frères.  En réalité, à partir d'une première mouture rédigée le 1er décembre 1993, il fut terminé le 1er janvier 1994.  Entre ces deux dates, Christian le retravailla et l'affina avec la participation de toute la communauté, ce qui fait que c'est un document qui exprime non seulement ses sentiments personnels, mais ceux de tous ses frères.

            
Des Hommes et des Dieux

   On connaît bien le dernier paragraphe de ce Testament où Christian donne le titre d'ami à celui qui lui trancherait la gorge:  "Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.  Oui, pour toi aussi je le veux, ce MERCI, et cet "A-Dieu" en-visagé de toi.  Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux."

            Il y a cependant un autre paragraphe, au milieu du texte, qui est encore d'une plus grande profondeur mystique.  Faisant allusion à ceux qui le trouvaient naïfs dans son estime de l'Islam et sa volonté de dialogue avec les Musulmans, il ajoutait:

          "Ceux-là doivent savoir que sera libérée ma plus lancinante curiosité – Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences."

            Dans un sublime raccourci, Christian ramène ensemble la théologie biblique et patristique du rétablissement de la ressemblance divine et la préoccupation qu'il partageait avec Claverie et qu'il puisait dans le message de Jésus:  celle du respect des différences.  Il disait d'ailleurs peu de temps avant sa mort qu'un des motifs de demeurer sur place, en tant que Chrétien et européen, était d'affirmer le droit du "petit peuple" local à sa propre différence.

            La communion des moines de Tibhirine avec le peuple algérien continue au-delà de leur mort.  Les sept longs cercueils que les cadets de l'armée algérienne portèrent – apparemment avec effort – dans l'Église Notre-Dame d'Afrique le jour des funérailles, ne contenaient en réalité chacun qu'une tête.  Leurs corps, qui n'ont pas été retrouvés, restent enfouis anonymement dans la terre d'Algérie, en un endroit inconnu – du moins officiellement – avec des milliers d'autres victimes tout aussi anonymes de la même violence contre laquelle leur vie était un protestation évangélique.

            Le pardon donné d'avance par Christian et tous ses frères à ceux qui pourraient les mettre à mort, aussi bien que celui donné par l'Ordre Cistercien et l'Église d'Algérie au moment des funérailles ne doit pas être conçu comme une acceptation tacite et tranquille de la violence dont ces témoins furent victimes.  Ce pardon ne dispense personne de faire la lumière sur toutes les circonstances de cette tragédie.  Personnellement, je veux bien, par fidélité au témoignage de Christian, Luc, Bruno, Michel, Célestin, Paul et Christophe, pardonner à ceux qui les ont éliminés et à ceux qui ont tranché leurs têtes,  mais, même sans avoir l'ardeur mystique de Christian, je voudrais bien savoir sur quels visages tourmentés je dois reconnaître l'image de Dieu.

            Avec l'admirable texte de Christian, nous pouvons clore notre présentation sur les martyrs d'Algérie.  Le moment ultime de leur témoignage s'est situé dans une période extrêmement douloureuse et confuse de l'histoire de l'Algérie.  Un procès de canonisation en bonne et due forme qui, selon les normes en vigueur de la Congrégation pour les Causes des Saints, supposeraient une connaissance approfondie et minutieuse des circonstances de leur mort et des motifs de leurs aggresseurs s'avérerait probablement impossible dans les circonstances présentes. En effet, aucune enquête judiciaire n'a permis de déterminer avec certitude comment se sont passés les faits, ainsi que l'identité des assassins et de leurs mandants ni d'affirmer avec certitude dans quelle mesure les motifs de ceux-ci étaient explicitement religieux.  Cela reste secondaire, cependant, car ils ont tous été témoins (martyrs) par leur vie avant de l'être par leur mort; et leur mort, à n'en pas douter, a été une conséquence de ce qu'ils avaient vécu. Elle a été provoquée par une attitude évangélique dans des situations de violence lucidement perçues et analysées à la lumière de la foi.  Si une lecture purement politique de leur vie et de leur mort serait une erreur manifeste, une lecture purement spirituelle qui ignorerait le courage et la lucidité avec lesquels ils se sont impliqués dans des situations concrètes, outre que d'être naïve, viderait le sens de leur message.  N'en fut-il pas de même de la mort du Christ?

Scourmont, 24 novembre 2000

En la fête des Martyrs de Corée                                        Armand VEILLEUX




Document d'investigation


Site Web du Monastère de Tibhirine

Témoignage du dernier moine survivant : 



lundi

Pape François :« Dans le sacerdoce, il n'y a pas de place pour la médiocrité, malheur ! aux mauvais pasteurs ! »

Discours aux séminaristes et novices

Homélie aux séminaristes et novices


Au séminaire pontifical d'Anagni au Vatican

Discours du pape François

Chers frères évêques, prêtres et séminaristes,

Saint Théophane Vénard, martyr à Hanoï en 1881
Je vous salue tous, vous qui formez la communauté du Collège pontifical léonien d’Anagni. Je remercie le recteur pour les paroles qu’il m’a adressée en votre nom à tous. Une salutation toute particulière à vous, chers séminaristes, qui avez voulu venir à Rome à pied ! Courageux ! Ce pèlerinage est un très beau symbole de votre chemin de formation, qu’il faut parcourir avec enthousiasme et persévérance, dans l’amour du Christ et dans la communion fraternelle.

Le Léonien, en tant que séminaire régional, offre son service à plusieurs diocèses du Latium. Dans le sillage de sa tradition de formation, il est appelé, dans l’aujourd’hui de l’Église, à proposer aux candidats au sacerdoce une expérience en mesure de transformer leurs projets vocationnels en une réalité apostolique féconde. Comme tous les séminaires, le vôtre aussi a pour but de préparer les futurs ministres ordonnés dans un climat de prière, d’étude et de fraternité. C’est cette atmosphère évangélique, cette vie remplie d’Esprit-Saint et d’humanité, qui permet à ceux qui s’y immergent d’assimiler jour après jour les sentiments de Jésus-Christ, son amour pour le Père et pour l’Église, son attachement sans réserve au Peuple de Dieu. Prière, étude, fraternité et aussi vie apostolique : ce sont les quatre piliers de la formation qui interagissent entre eux. La vie spirituelle : forte ; la vie intellectuelle : sérieuse ; la vie communautaire et enfin la vie apostolique mais ce n’est pas un ordre d’importance. Ces quatre points sont importants, s’il en manque un, la formation n’est pas bonne. Et tous les quatre interagissent entre eux. Quatre piliers, quatre dimensions sur lesquelles un séminaire doit fonder sa vie.

Vous autres, chers séminaristes, vous ne vous préparez pas à exercer un métier, à devenir des fonctionnaires d’une entreprise ou d’un organisme bureaucratique. Nous avons tellement, tellement de prêtres à mi-chemin. C’est douloureux qu’ils n’aient pas réussi à parvenir à la plénitude : ils ont quelque chose des fonctionnaires, une dimension bureaucratique et cela ne fait pas de bien à l’Église. Je vous en prie, faites attention à ne pas tomber là-dedans ! Vous êtes en train de devenir des pasteurs à l’image de Jésus, Bon pasteur, pour être comme lui et « dans sa personne même » (in persona) au milieu de son peuple, pour paître ses brebis.

Face à cette vocation, nous pouvons répondre comme Marie à l’ange : « Comment cela se fera-t-il ? » (cf. Lc 1,34). Devenir « de bons pasteurs » à l’image de Jésus est quelque chose de trop grand, et nous sommes si petits… C’est vrai ! Je pensais ces jours-ci à la messe chrismale du Jeudi saint et je me suis dit que, avec ce don si grand que nous recevons, notre petitesse est forte : nous sommes parmi les plus petits des hommes. C’est vrai, c’est trop grand ; mais ce n’est pas notre œuvre ! C’est l’œuvre de l’Esprit-Saint, avec notre collaboration. Il s’agit de s’offrir humblement soi-même, comme de l’argile à modeler, pour que le potier, qui est Dieu, la travaille avec l’eau et le feu, avec la Parole et l’Esprit. Il s’agit d’entrer dans ce que dit saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). C’est uniquement comme cela que l’on peut être diacres et prêtres dans l’Église, uniquement comme cela que l’on peut paître le peuple de Dieu et le guider non pas sur nos voies, mais sur la voie de Jésus, ou plutôt, sur la Voie qu’est Jésus.

Il est vrai qu’au début, il n’y a pas toujours une totale droiture d’intention. Mais j’ose dire : c’est difficile qu’il en soit autrement. Nous tous, nous avons toujours eu de ces petites choses qui n’étaient pas toujours dans une droiture d’intention, mais avec le temps cela se résout, avec la conversion quotidienne. Mais pensons aux apôtres ! Pensez à Jacques et Jean, qui voulaient devenir l’un premier ministre et l’autre ministre de l’économie, parce que c’était plus important. Les apôtres n’avaient pas encore cette droiture, ils pensaient à autre chose et le Seigneur, avec beaucoup de patience, a corrigé leur intention et, à la fin, leur droiture d’intention était telle qu’ils ont donné leur vie dans la prédication et dans le martyre. Ne vous effrayez pas ! « – Mais je ne sais pas très bien si je veux être prêtre pour la promotion… – Mais est-ce que tu aimes Jésus ? – Oui. – Parle avec ton père spirituel, parle avec tes formateurs, prie, prie, prie et tu verras que la droiture d’intention viendra. »

Ste Thérèse - Patronne des missions
Et ce chemin signifie méditer tous les jours l’Évangile, pour le transmettre avec la vie et la prédication ; cela signifie expérimenter la miséricorde de Dieu dans le sacrement de la réconciliation. Et cela, il ne faut jamais l’abandonner ! Se confesser, toujours ! Et ainsi, vous deviendrez des ministres généreux et miséricordieux parce que vous sentirez la miséricorde de Dieu sur vous. Cela signifie se nourrir avec foi et amour de l’Eucharistie, pour en nourrir le peuple chrétien ; cela signifie être des hommes de prière, pour devenir la voix du Christ qui loue le Père et intercède continuellement pour les frères (cf. Hb 7,25). La prière d’intercession, celle que faisaient ces grands hommes – Moïse, Abraham – qui luttaient avec Dieu pour leur peuple, cette prière courageuse devant Dieu.

Si vous – mais je le dis avec mon cœur, sans vouloir offenser ! – si vous, si certains d’entre vous, n’êtes pas disposés à suivre cette route, avec ces attitudes et ces expériences, il vaut mieux que vous ayez le courage de chercher une autre voie. Il y a de nombreuses manières, dans l’Église, de donner un témoignage chrétien et de nombreuses routes qui mènent à la sainteté. Dans la sequela ministérielle de Jésus, il n’y a pas de place pour la médiocrité, cette médiocrité qui pousse toujours à utiliser le saint peuple de Dieu pour son propre intérêt. « Malheur aux mauvais pasteurs qui se font paître eux-mêmes au lieu de faire paître leur troupeau ! », s’exclamaient les prophètes (cf. Ez 34,1-6), avec tellement de force ! Et Augustin reprend cette phrase prophétique dans son De Pastoribus que je vous recommande de lire et de méditer.

Mais malheur aux mauvais pasteurs, parce que le séminaire, disons la vérité, n’est pas un refuge pour toutes les limites que nous pouvons avoir, un refuge pour les fragilités psychologiques ou un refuge parce que je n’ai pas le courage d’aller de l’avant dans la vie et que je cherche un lieu pour me protéger. Non, ce n’est pas cela. Si votre séminaire était cela, il deviendra une hypothèque pour l’Église ! Non, le séminaire est vraiment pour avancer, avancer sur cette route. Et quand nous entendons les prophètes dire « malheur ! », que ce « malheur ! » vous fasse réfléchir sérieusement sur votre avenir. Autrefois, Pie XI, disait qu’il valait mieux perdre une vocation que de prendre un risque avec un candidat qui n’était pas sûr. Il était alpiniste, il s’y connaissait.

Très chers amis, je vous remercie pour votre visite. Je vous remercie d’être venus à pied. Je vous accompagne par ma prière et ma bénédiction et je vous confie à la Vierge, qui est Mère. Ne l’oubliez jamais ! Les mystiques russes disaient que dans les moments de turbulences spirituelles, il fallait se réfugier sous le manteau de la sainte Mère de Dieu. Ne jamais en sortir ! Couverts de son manteau. Et s’il vous plaît, priez pour moi !


Le pape témoigne témoigne de son enfance, de son cheminement et de l'appel de Dieu au sacerdoce

vendredi

La persécution anti-chrétienne en général aujourd'hui


Là où Dieu pleure


« Le monde persécute les chrétiens parce qu'il ne tolère pas la divinité du Christ »


« Les païens et les apostats veulent empêcher l'adoration du Seigneur »

« le XXème siècle a connu plus de martyrs que les 19 siècles précédents réunis » 

Dans la revue Chrétiens en Morbihan, l’évêque de Vannes Mgr Centène écrit :

Martyr de Saint Etienne
« En ce début d’année, nos cœurs se tournent tout particulièrement vers les chrétiens d’Orient sauvagement massacrés lors des attaques contre la cathédrale catholique syriaque de Bagdad en Irak et l’église copte des Saints d’Alexandrie en Egypte. Aujourd’hui, les chrétiens sont la minorité la plus opprimée et la plus harcelée du monde. En effet, le XXe siècle a connu plus de martyrs que les 19 siècles précédents réunis. Ici ce sont les idéologies du nazisme et du marxisme qui nient Dieu et ont très fortement combattu les croyants. Certaines dictatures matérialistes, en Asie principalement, pratiquent encore une discrimination très active des chrétiens. Là, des chrétiens sont transformés en citoyens de seconde zone, voire tout simplement supprimés au nom de Dieu. Dans de nombreux pays à majorité musulmane ou hindoue, la conversion et la manifestation publique de la foi chrétienne sont interdites et violemment réprimées tant par les pouvoirs publics que par les autorités religieuses.

Nos pays occidentaux eux-mêmes, façonnés par des siècles de foi chrétienne, sont traversés par des vagues d’une « christianophobie » dénoncée par Benoît XVI lors de son discours à la curie romaine le 20 décembre dernier. Relayée plus ou moins explicitement et consciemment par les médias, cette volonté de cantonner la foi et la culture chrétienne dans la sphère privée de la conscience, quitte à renier les fondements de nos sociétés occidentales, tend à imposer une dictature de la raison positive qui exclue Dieu de la vie de la communauté et de l’organisation publique, privant ainsi l’homme de critères de discernement à la mesure de sa dignité.


La prise de conscience récente des persécutions antichrétiennes a provoqué l’indignation de l’opinion publique. Mais cela ne suffit pas. Relayant l’appel anxieux de Benoît XVI à l’occasion du discours des vœux au Corps diplomatique le 10 janvier 2011, nous voulons adresser un appel aux pouvoirs publics et religieux pour que soit pris en compte le respect de la liberté religieuse partout dans le monde. Nous sommes convaincus que la possibilité de pratiquer sa foi librement et sans coercition est un droit humain fondamental car la personne est ainsi reconnue jusque dans sa dimension spirituelle. Cette reconnaissance et cette mise en pratique réelle de la liberté religieuse entendue non seulement comme liberté de culte mais aussi comme liberté de conscience qui suppose pour chacun la possibilité de se convertir, est la garantie d’un chemin vers la paix, protégeant chacun de l’écueil du fondamentalisme tant religieux que laïque. Elle est la garantie d’une juste articulation entre les pouvoirs civils et religieux.

C’est pourquoi le diocèse organise une marche silencieuse dans la ville de Vannes, qui sera suivie d’une messe et d’une veillée de prière à la cathédrale, le 19 février prochain et à laquelle sont invités tous ceux qui souhaitent manifester leur solidarité et leur communion par la prière avec les chrétiens persécutés dans le monde. Comme Jean-Paul II l’a montré en libérant avec succès les pays de l’Est, soyons persuadés que l’erreur et l’intolérance cèdent toujours devant l’affirmation pacifique et convaincue de la vérité. Chers frères, de la même façon que le sang des martyrs a été semence de chrétiens et de libération pour le monde entier, de même notre témoignage uni, le 19 février prochain, en venant renforcer celui des martyrs, sera semence de paix. »


Deux sites parmi d'autres :

            



mardi

Indulgence plénière pour la fête de la miséricorde divine

Confessez-vous le dimanche de la miséricorde divine 27 avril  pour obtenir une indulgence plénière

A LA FIN DE LA NEUVAINE A LA MISÉRICORDE DIVINE, ON FÊTE LE "DIMANCHE DE LA MISÉRICORDE" (C’est à dire le dimanche qui suit le dimanche de Pâques)

CONFESSEZ VOUS LE DIMANCHE DE LA MISÉRICORDE POUR OBTENIR UNE INDULGENCE PLEINIERE



INDULGENCE PLEINIERE

Le Pape François se confesse
Le VATICAN DIT : On accorde l’Indulgence plénière aux conditions habituelles (Confession sacramentelle, Communion eucharistique et prière selon l’intention du Souverain Pontife) au fidèle qui, le deuxième Dimanche de Pâques, c’est-à-dire de la "Divine Miséricorde", dans chaque église ou chapelle, l’âme totalement détachée de tout péché, même véniel, participe à des pratiques de piété accomplies en l’honneur de la Divine Miséricorde, ou tout au moins qui récite, en présence du Très Saint Sacrement de l’Eucharistie, publiquement exposé ou conservé dans le Tabernacle, le Notre Père et le Credo, en ajoutant une pieuse invocation au Seigneur Jésus miséricordieux (par exemple "Jésus miséricorideux, j’ai confiance en toi").


FETE DE LA MISERICORDE DIVINE

La fête de la Miséricorde divine occupe la première place parmi toutes les formes du culte de la Miséricorde Divine révélées à Sœur Faustine. Jésus a demandé la vénération particulière de sa Miséricorde au premier dimanche après Pâques et à des privilèges particuliers qui, ce jour-là, sont capables d’arracher l’homme au plus grand abîme du péché. Nous trouvons la première allusion au désir de Jésus juste après sa demande que soit peinte une icône.

Jésus lui dit : « Je veux que cette image que tu peindras avec un pinceau, soit solennellement bénie, le premier dimanche après Pâques, ce dimanche doit être la fête de la Miséricorde » (PJ 49).

En même temps, à travers Faustine, Jésus s’adresse aux prêtres afin qu’ils proclament la Miséricorde Divine et Il incite les pécheurs à ne pas avoir peur (PJ 50). Il assure également que celui « qui s’approchera ce jour-là de la Source de Vie obtiendra une totale rémission de ses fautes et de leurs châtiments » (PJ 300).

L’idée de la fête de la Miséricorde se retrouve dans plusieurs visions de sœur Faustine. Jésus dit : « Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition ; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces ; qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate » (PJ 699). La Fête de la Miséricorde a donc une valeur unique en son genre : les fautes sont totalement pardonnées et les peines remises. Il y a là d’avantage qu’une « simple » indulgence plénière qui est une remise des peines temporelles.

La Fête de la Miséricorde Divine doit être selon le dessein de Dieu un autre moyen de sauver ceux qui ont perdu tout espoir. Pour obtenir la Miséricorde Divine il y a cependant des conditions : une conversion sincère et, en conséquence, la confession et l’union avec le Seigneur dans la communion.

Et là, ni le genre, ni la quantité des péchés n’a d’importance, « car même si [l’âme] compte plus de péchés qu’il n’y a de grains de sable sur terre, tout sombrera dans l’abîme de ma miséricorde » (PJ 1059). La fête n’est pas seulement un jour d’adoration particulière de Dieu dans le mystère de la miséricorde, elle est aussi un temps de grâce pour tous les hommes : Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de ma miséricorde. (PJ 699)

Les âmes périssent malgré mon amère passion. je leur offre une dernière planche de salut, c’est la fête de ma Miséricorde. Si elles n’adorent pas ma miséricorde, elles périront pour l’éternité.(PJ 965) Le choix du premier dimanche après Pâques pour la Fête de la Miséricorde a un sens théologique profond, qui révèle l’étroite relation entre le mystère pascal de la Rédemption et le mystère de la Miséricorde Divine.

Cette relation est encore soulignée par la récitation de la neuvaine à Miséricorde Divine qui commence le Vendredi saint. C’est donc encore une preuve de l’amour infini de Dieu qui recherche chaque occasion de sauver l’homme. Comment donc ne pas profiter de ces bontés

Petit guide pour la confession



Approfondir...

Divine Mercy Litany 

Le Petit Journal de Sainte Faustine :
                                 
Le grand événement du Dimanche de la Miséricorde dans l'Eglise !

Le 30 avril 2000, sœur Faustine fut canonisée (voir des vidéos de sa vie dans la Catégorie « Vie de Saint(e)s »), c'était impressionnant. Des milliers de personnes s'étaient rassemblées Place Saint Pierre pour assister à la célébration. Cet événement glorieux du Jubilé était retransmis par satellite dans le monde entier. Le Saint Père a donné un magnifique témoignage de la sainteté de Sr Faustine et déclara : " A partir de maintenant, dans toute l'Eglise, on appellera ce jour (le dimanche suivant Pâques) : Dimanche de la Miséricorde. " C'était stupéfiant. Nous n'en croyions pas nos oreilles : était-il en train d'instituer la Fête de la Divine Miséricorde ? Oui !

     En ce Dimanche de la Miséricorde que pouvons-nous donc en espérer ? De grandes grâces ! C'est un formidable moment de grâce ! Jésus disait à Sr Faustine : " Ma fille, parle au monde entier de mon inconcevable Miséricorde. Je désire que la Fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma Miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s'approcheront de la source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera (dans les huit jours qui précèdent ou suivent ce Dimanche de la Miséricorde) et communiera, recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur peine ; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s'écoulent les grâces ; qu'aucune âme n'ait peur de s'approcher de moi, même si ses péchés sont comme l'écarlate. [...] La Fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu'elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques. Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu'il ne se tournera pas vers la source de ma Miséricorde. " (Petit Journal, § 699). Jésus ne pouvait pas être plus clair. Il veut déverser sur nous ses grâces ce jour-là ! Alors, encourageons tous ceux que nous aimons à tirer profit de cette Fête de la Divine Miséricorde !